‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 58 sur 232 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

le canon gronde vers Winkwo. On fut quelque temps sans oser Ten avertir : les uns par incrédulité ou incertitude I et redoutant un premier mouvement d'impatience; quelques autres par mollesse, hésitant à provoquer un signal terrible y ou par crainte d'être envoyés pour vérifier cette assertion , et de s'exposer à une course fatigante.

Enfin Duroc se détermine. L'Empereur changea d'abord de visage; puis il se remit promptement, et continua sa revue. Mais un aide de camp , le jeune Béranger, accourt. H annonce que la première ligne (le Murât a été surprise et culbutée; sa gauche tournée à la faveur des bois, son flanc attaqué, sa retraite coupée ; que douze canons, vingt caissons , trente fourgons sont pris, deux généraux tués, trois à quatre mille hommes perdus , et le bagage ; qu'enfin le Roi est blessé. Il n'a pu arracher à l'ennemi les restes de son avant-garde que par des charges multipliées sur les troupes nombreuses qui déjà occupaient , derrière lui , le grand chemin , sa seule retraite.

Cependant l'honneur est sauvé. L'attaque de front, conduite par Kutusof , a été molle ; Poniatowski , à quelques lieues à la droite , a résisté glorieusement ; Murât et les carabiniers , par des efforts surnaturels , ont arrêté Bagawout près d'entrer dans notre flanc gauche; ils ont rétabli le combat. Claparède et Latour-Maubourg ont nettoyé le défilé de Spas-kaplia, qu'occupait déjà Platof , à deux lieues en arrière de

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noire ligne. Deux généraux russes sont tués, d'autres blessés f la perte des ennemis est considérable ; mais il leur reste l'avantage de Tattaque , nos canoas , notre position , enfin la victoire.

Pour Murât j il n'a plus d'avant-garde : l'armistice avait perdu la moitié des restes de sa cavalerie , ce combat l'a achevée; ses débris, exténués de faim, pourraient à peine fournir une charge. Et voilà la guerre recommencée! C'était le i8 octobre.

A cette nouvelle , Napoléon retrouve le feu de ses premières années. Mille ordres d'ensemble et de détail , tous différents , tous d'accord , tous nécessaires, jaillissent à la fois de son. génie impétueux! La nuit n'est point encore venue, et déjà toute son armée est en mouvement vers Woronowo; Broussier est dirigé sur Fominskoe, et Poniatowski vers Medyn. L'Empereur lui-même, avant que le jour du 19 octobre l'éclairé , sort de Moscou ; il s'écrie : « Marchons sur <( Kalouglia , et malheur à ceux qui se trouveront sur « mon passage ! »

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