CHAPITRE XI
violé n'existe plus , et que désormais chacun ne doit plus avoir confiance qu'en lui-même.
En même temps il . fait avertir l'Empereur qu'à sa gauche un terrain couvert peut favoriser des surprises contre son flanc et ses derrières ; que sa première ligne , adossée à un ravin , y peut être précipitée; qu'enfin la position qu'il occupe en avant d'un défilé est dangereuse 9 et nécessite un mouvement rétrograde. Mais Napoléon n'y peut consentir, quoique d'abord il eut indiqué Voronowo comme une position plus sûre. Dans cette guerre , encore à ses yeux plutôt politique que militaire , il craignait surtout de paraître fléchir. Il préférait tout risquer.
Toutefois, le i3 octobre, Lauriston est renvoyé vers Murât pour examiner la position de Tavantgarde. Quant à l'Empereur, soit ténacité dans son premier espoir, soit que toute disposition qui pouvait annoncer une retraite répugnât autant à sa fierté qu'à sa politique , on remarqua une singulière négligence dans ses préparatifs de départ. Il y songeait cependant , car dès ce même jour il trace son plan de retraite par Woloklamsk , Zubtzow et Biéloï sur \'itepsk. Il en dicte , un moment après, un autre sur Smolensk. Junot reçoit l'ordre de brûler, le 2 1 , à Kolotskoï, tous les fusils des blessés, et de faire sauter les caissons. D'Hilliers occupera Elnia et y formera des magasins. C'est le 1 7 seulement , qu'à Moscou , et pour la première fois, Berlhier pense à faire distribuer des cuirs.
Ce major général suppléa peu son Chef dans cette circonstance critique. Au* milieu de ce sol et de ce climat nouveau , il ne recommanda aucune précaution nouvelle , et il attendit que les moindres détails lui fussent dictés par son Empereur. Us furent oubliés. Cette négligence ou cette imprévoyance eut des suites funestes. Dans une armée dont chaque partie était commandée par uti Maréchal, un Prince , ou même un Roi, on compta trop peut-être le$uns sur les autres. D'ailleurs Berthier n'ordonnait rien de lui-même : il se contentait de répéter fidèlement la lettre même des volontés de Napoléon ; car pour leur esprit , soit fatigue ou habitude , il lui arrivait sans cesse de confondre la partie positive de ces instructions avec leur partie conjecturale.
Cependant Napoléon rallie ses corps d'armée ; les revues qu'il passe dans le Kremlin sont plus fréquentes ; il réunit en bataillons tous les cavaliers démontés , et il prodigue les récompenses. Les trophées et tous les blessés transportables partent pour Mojaïsk ; le reste est réuni dans le grand hôpital des enfants trompés ; on y place des chirurgiens français; les blessés russes, mêlés aux nôtres, seront leur sauvegarde.
Mais il était trop tard. Au milieu de ces préparatifs, et dans Tinstant où Napoléon passait en revue, dans la première cour du Kremlin , les divisions de Ney, tout à coup le bruit se répand autour de lui que