‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 71 sur 232 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

« .taquer , la prudence devient témérilé , et la témé- (( rite prudence ; que s'arrêter est impossible , fuir (( dangereux; qu'il faut donc poursuivre, Qu'impor- (( tant cette attitude menaçante des fusses ^ et leurs « bois impénétrables? Il les méprise! Qu'on lui donne « seulement les restes de sa cavalerie et celle de la « Garde , et il va s'enfoncer dans leurs forêts , dans « leurs bataillons, renverser tout, et rouvrira l'arec mée la route de Kalougha ! »

Ici Napoléon, soulevant sa tête, fit tomber toute cette fougue, en disant ; « Que c'était assez de téraé- « rites; qu'on n'avait que trop fait pour la gloire; « qu'il était temps de ne plus songer qu'à sauver les « restes de l'armée ! »

Alors Bessières , soit que son orgueil eût frémi à l'idée d'obéir au Roi de Naples , soit désir de conserver intacte cette cavalerie de la Garde , qu'il avait formée, dont il répondait à Napoléon, et dans laquelle consistait son commandement , Bessières , qui se sent soutenu , ose ajouter : « Que, pour de pareils « efforts, dans l'armée , dans la Garde même , l'élan <f manquerait. Déjà l'on y disait que, les transports <i étant insuffisants , désormais le vainqueur atteint « resterait en proie aux vaincus; qu'ainsi toute bles- « sure serait moilelle ; Murât serait donc suivi mol- « lement , et dans quelle position? On venait d'en re- ^f connaitre la force. Contre quels ennemis? n'avait-on « pas remarqué le champ de bataille de la veille, et

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c< avec quelle fureur les recrues russes, à peine arec inées et vêtues, venaient de sV faire luer? » Ce Maréchal finit en prononçant le mot de retraite j que l'Empereur approuva de son silence.

Aussitôt le Prince d'Eckmûhl déclara, que, « puisce qu'on se décidait à se retirer , il demandait que ce <c fut par Medyn et Smolensk. » Mais Murât interrompt Davout; et, soit inimitié ou découragement, suite ordinaire d'une témérité repoussée, il s*étonne (c qu'on ose proposer à l'Empereur une si grande im- « prudence! Davout a-t-il juré la perte de l'armée? (c Veut-il qu'une si longue et si lourde colonne aille « se traîner, sans guides et incertaine , sur une route (C inconnue , à portée de Kutusof , offrant son flanc « à tous les coups de l'ennemi? Sera-ce lui, Davout, (( qui la défendra ? Pourquoi , quand derrière nous (C Borowsk et Véréia nous conduisent sans danger à t( Mojaïsk , refuser cette voie de salut ? Là des vivres (C doivent avoir été rassemblés, tout nous y est connu, c( aucun traître ne nous égarera. »

A ces mots, Davout, tout brûlant d'une colère qu'il concentre avec effort, répond « qu'il propose une « retraite à travers un sol fertile, sur une route vierge, (C nourricière , grasse , intacte , dans des villages ence core debout, et par le chemin le plus court , afin ce que l'ennemi ne s'en serve pas pour nous couper ce la route de Mojaisk à Smolensk, celle que désigne « Murât; et quelle route? un désert de sables et de

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