‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 81 sur 232 · CHAPITRE VI. lu · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. lu

« laissassent supporter à T Empire moscovite que les « maux indispensables de Tétat de guerre ; la dévas- « tatîoQ de la Russie étant aussi nuisible à cet Empire a qu'elle affectait douloureusement Napoléon. » Mais Kutusof avait répondu « qu'il lui était impossible de a contenir le patriotisme russe ; w ce qui était avouer la guerrç de Tartares que nous faisaient ses milices j et ce qui autorisait en quelque sorte à la leur rendre. Les mêmes feux consumèrent Véréia, où Mortier venait de rejoindre l'Empereur et de lui amener Wintzingerode. A la vue de ce général allemand , toutes les douleurs cachées de Napoléon prirent feu ; son accablement devint colère , et il déchargea sur cet ennemi tout le chagrin qui l'oppressait. « Qui « êtes-vous? o> lui cria-t-il en croisant les bras avec \iolence, comme pour se saisir et se contenir luimême : « Qui êtes-vous? Un homme sans patrie ! Vous a avez toujours été mon ennemi personnel! Quand « j'ai fait la guerre aux Autrichiens, je vous ai trouvé « dans leurs rangs! L'Autriche est devenue mon al- « liée, et vous avez demandé du service à la Russie. « Vous avez été l'un des plus ardents fauteurs de la ^( guerre actuelle. Cependant vous êtes né dans les a États de la O^nfédération du Rhin ; vous êtes mon « sujet. Vous n'êtes point un ennemi ordinaire, vous « êtes un rebelle; j'ai le droit de vous faire juger! a Gendarmes d'élite y saisissez cet homme-là ! » Les gendarmes restèrent immobiles , comme des honîmes

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accoutumés à voir se terminer sans effet ces scènes violentes, et surs d'obéir mieux en désobéissant.

L'Empereur reprit : a Voyez- vous , monsieur , ces (c campagnes dévastées , ces villages en flammes ! Â a qui doit-on reprocher ces désastres? A cinquante « aventuriers comme vous, soudoyés par TAngle- « terre, qui les a jetés sur le Continent. Mais le poids « de cette guerre retombera sur ceux qui Tout pro- « voquée : dans six mois je serai à Pétersbourg , et « Ton me fera raison de toutes ces fanfaronnades! »

Alors , s'adressant à Taide de camp de Wintzingerode , prisonnier comme lui : a Pour vous , Comte « Narischkin, je n'ai rien à vous reprocher; vous êtes « Russe, vous faites votre devoir; mais comment un « homme de l'une des premières familles de Russie « a-t-il pu devenir l'aide de camp d'un étranger mer- « cenaire ? Soyez l'aide de camp d'un général russe ; « cet emploi sera beaucoup plus honorable. »

Jusque-là le général Wintzingerode n'avait pu répondre à ces violentes paroles que par son attitude; elle fut calme comme sa réplique. Il répondit : « Que « l'Empereur Alexandre était son bienfaiteur et celui « de sa famille; que tout ce qu'il possédait, il le te- « nait de lui; que la reconnaissance l'avait rendu son (c sujet ; qu'il était au poste que son bienfaiteur lui « avait assigné ; qu'il avait donc fait son devoir. »

Napoléon ajouta quelques menaces déjà moins violentes ; et il s'en tint aux paroles , soit qu'il eût jeté

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