‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 80 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

s'éloigne rapidement, d*a\ides Cosaques et de sales môugiks, attirés, dit- on, par la soif du pillage, accourent, s'approchent; ifs écoutent,el, s^enhardissant du calme apparent qui règne dans la forteresse, ils osent y pénétrer; ils montent, et déjà leurs mains avides de pillage s'étendaient , quand tout à coup tous sont détruits , écrasés , lancés dans les airs avec ces murs qu'ils venaient dépouiller, et trente mille fusils qu'on y avait abandonnés ; puis , avec tous ces débris de murailles et ces tronçons d'armes, leurs membres mutilés vont au loin retomber en une pluie effroyable ! La terre trembla sous les pas de Mortier, A dix lieues plus loin , à Feminskoé , l'Empereur entendit celte explosion; et lui-même , avec cet accent décolère dont il parlait quelquefois à l'Europe, il proclame le lendemain, en date deBorowsk : « QueleKrem- « lin, arsenal, magasins, que tout est détruit; que <c cette ancienne citadelle, qui datait des commente céments de la monarchie, ce premier Palais des « Czars, ont été; que désormais Moscou n'est plus « qu'un amas de décombres, qu'un cloaque impur « et malsain , sans importance politique ni militaire ! a II l'abandonne aux mendiants et aux pillards russes, « pour marcher sur Kulusof , déborder l'aile gauche « de ce général, le rejeter en arrière, et gagner en- « suite tranquillement les bords de la Dûna , où il « prendra ses quartiers d'hiver. » Puis, craignant de paraître reculer, il ajoute : « Qu'ainsi il se sera rap-

« proche de quatre-vingts lieues de Vilna et de Pé^ et tersbourg; double avantage , c'est-à-dire de vingt «r marches plus près des moyens et du but! » Par là il veut donner à sa retraite l'air d'une marche offensive.

C'est alors qu'il déclare s*élre « refusé à donner <f l'ordre dé détruire tout le pays qu'il abandonne : il (c lui répugne d'aggraver les malheurs de cette popu- « lation . Pour punir l'incendiaire russe, et cent cou-* (c pables qui font la guerre en Tartares, il ne veut pas « ruiner neuf mille propriétaires, et laisser absoluce ment sans resources deux cent mille serfs , inno- « cents de toutes ces barbaries. »

Il n'était point alors aigri par le malheur; mais, en trois jours, tout avait changé. Après s'être heurté contre Kûtusof , il reculait par cette même ville de Borowsk, et dès qu'il y eut repassé, elle n'exista pbis. C'est ainsi désormais que tout sera brûlé derrière lui. En conquérant, il avait conservé ; en se retirant, il détruira : soit nécessité, pour ruiner l'ennemi et ralentir sa marche, à la guerre tout étant impérieux*, soit représailles, terrible effet des guerres d'invasion , qui d'abord légitiment tous les moyens de défense, ce qui motive ensuite ceux d'attaque.

Au reste l'agression, dans ce terrible genre de guerre, n'était point du côté de Napoléon. Le 19 octobre Berthier avait écrit à Kutusof pour l'engager « à régler les hostilités de manière à ce qu'elles ne

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