‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 91 sur 232 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

(( nait le dernier, qu'on avait laissé l'ordre de tout a détruire : Tincendie le précédait. Il semblait qu'on (( eût oublié l'arrière-garde ! et sans doute qu'on ou- « bliait de même ce chemin couvert d'un givre battu (( et miroité par les pas de tous ceux qui le devante çaient; et ces gués défoncés, ces ponts rompus, (( qu'on n'avait eu garde de réparer, chaque corps , (( hors des combats , ne s'occupant que de lui seul.

(c Ignorait-on encore que toute la foule désolée (c des traineurs des autres corps , à cheval, à pied, en « voiture , s'ajoutait à ces embarras, comme dans un (( corps malsain tous les maux accourent et se i:éu- « nissent sur la partie la plus attaquée ? Chaque jour (C il marchait entre ces malheureux et les Cosaques , (( poussant les uns et poussé par les autres.

« C'était ainsi qu'après Gjatz il avait trouvé le bour- « hier dé Czarewo-Zaïmicze sans pont et tout ence combré d'équipages. Il les avait arrachés de ce ma- (( rais à la vue des ennemis, et si près d^èux, que leurs « feux éclairaient ses travaux , et que le bruit de leurs « tambours se mêlait à sa voix. » Car ce Maréchal et ses généraux ne pouvaient encore se résoudre à laisser à l'ennemi tant de trophées; ils ne s'y résignaient qu'après des efforts superflus et à la dernière extrémité , ce qui arrivait plusieurs fois dans un jour.

En effet la route était, à chaque instant, traversée par des fonds marécageux. Une pente de verglas y entraînait les voitures; elles s'y enfonçaient : pour les

en retirer, il fallait gravir contre la rampe opposée, sur un chemin de glace , où les pieds des chevaux , couverts d*un fer usé et poli , ne pouvaient pas mordre ; à tout moment eux et leurs conducteurs tombaient épuisés les uns sur les autres. Aussitôt les soldats affamés se jetaient sur ces chevaux abattus, et les dépeçaient ; puis sur des feux faits des débris de leurs voitures, ils grillaient ces chairs toutes sanglantes , et les dévoraient.

Cependant les artilleurs, troupe d'-élite, et leurs officiers , tous sortis de la première École du monde , écartaient ces malheureux , et couraient dételer leurs propres calèches et leurs fouirons, qu'ils abandonnaient pour sauver les canons. Ils y attelaient leurs chevaux -, ils s'y attelaient eux-mêmes. Les Cosaques, qui voyaient de loin ce désastre , n'osaient en approcher ; mais , avec leurs pièces légères portées sur des traîneaux , ils jetaient des boulets dans tout ce désordre et l'augmentaient.

Le premier corps avait déjà perdu dix mille hommes. Néanmoins, à force de peines et de sacrifices, le Vice-Roi et le Prince d'Eckmûhl étaient arrivés, le 2 novembre, à deux lieues de Viazma. Il est certain que ce jour-là même ils eussent pu dépasser cette ville , se réunir à Ney, et éviter un combat désastreux. On assure que ce fut l'avis du Prince Eugène, mais que Davout crut ses troupes trop fatiguées , et que le Vice-Roi, se sacrifiant à son devoir, s'arrêta pour

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