CHAPITRE VI
quarante, avaient été arrêtés munis. de passe-ports, armés de poignards , et chargés de Tor de F Angleterre. L'un d'eux encore venait de se rendre justice par le suicide. Les principaux conjurés, pressés d'échapper à l'odieux aveu d'une tentative d'assassinat par celui d'un essai de contre-révolution , déclaraient tous qu'ils avaient attendu , pour la faire éclater, la présence d'un Prince du sang de Bourbon dans Paris même. Savary et ses gendarmes d'élite avaient en vain guetté le débarquement de celui-ci sur la falaise de BiviUe. D'autre part des espions à double face livraient au Premier Consul les correspondances des résidents anglais les plus rapprochés de la France. Toutes excitaient non-seulement à une révolution, mais au meurtre de Bonaparte! Il était avéré que Drake à Munich , Snûth à Stuttgard , et Taylor à Hesse- Cassel , payaient ,^ du même or anglais donné aux conjurés envoyés de Londres en France , les émigrés armés cju'ils appelaient siu* notre frontière. Enfin , malgré les avis de son père , et les supplications de ses officiers les plus dévoués , le Duc d'Enghien s'obstinait à rester dansEttenheim. De ce quartier général, à deux heures de marche de la France , il leur répondait par écrit : « Que là où il y avait du danger, là était le poste d'hôn- « neur pow un Bourbon ! Que , en ce moment , où « l'ordre du Conseil Privé de Sa Majesté Britannique €< enjoignait aux émigrés retraités de se rendre sur « les bords du Rhin , il ne saurait, quoi qu'il pût ar- « river, s'éloigner de ces dignes et loyaux défenseurs « de la monarchie française. »
Comment supposer, quand depuis vingt-cinq jours
le complot était devenu public , que ce prince l'ignorât? Dès lors ne devait-il pas comprendre tout ce qu'avait de significatif sa présence aux portes de la France , avec d'autres émigrés soldés , armés et réunis par Tordre de l'Angleterre^ et à quels soupçons de complicité il s'exposait!
Cependant chaque jour dévoilait de plus en plus à Napoléon Tacharnement de ses adversaires. 11 s'indignait de se voir mis ainsi par eux, comme hors de la loi des nations , hors de la civilisation européenne , et que les moyens les plus atroces et les plus perfides semblassent permis à leur haine contre ses jours. Son irritation croissait ; l'arrestation des aides de camp des Bourbons , associés à Georges ,. et les aveux de celuici la portèrent à son comble !
En ce moment son espoir déçu de se saisir, en Normandie, du chef de l'attentat, s'était retourné vers le Rhin. Ce fut alors qu'un rapport de gendarmerie lui confirma la présence du Duc d'Enghien dans Ettenheim, et celle d'un général Thumery. Ce nom prononcé à l'allemande (Thoumeriez) aggrava tout. Il fit croire que le Prince était accompagné de Dumouriez. On ajoutait que le jeune Dijc avait pénétré plusieurs fois en France ; selon les uns , dans Strasbourg seulement ; selon d'autres , jusque dans Paris !
Sur ce rapport le Premier Consul s'exaspéra ! « Eh « quoi! s'écria-t-il, en voyant entrer Real, vous ne « me dites pas que l^ Duc d'Enghien est à quatre ce lieues de ma firontière ! Suis-je donc un chien qu'on ic puisse assommer dans la rue ! Mes meurtriers sont-ils « des êtres sacrés! Pourquoi ne m'avertissez- vous pas