CHAPITRE VL x
« qu'ils se rassemblent dans Ettenheim? On m'attaque « au corps! Il est temps enfin que je rende 'guerre « pour guerre ! Il faut que la tête du plus coupable (c m'en fasse justice! » ,
Déjà , depuis quelques jours , d'autres paroles semblables avaient échappé à son indignation ; sa résolulion était prise. Caipbàcérès entendit cette dernière exclamation qu'il prit pour un premier mouvement de colère ; il essaya de la calmer, mais une réponse foudroyante l'arrêta ; et aussitôt , à l'issue d'un Conseil Privé, composé du Grand Juge , de Fouché , de Talleyrand , et des deux Consuls , où quelques objections de ceux-ci ne furent point écoutées , Caulaincourt et Ordener forent expédiés, l'un pour Strasbourg, l'autre pour enlever le Prince dans ce qu'on appela mal à propos son quartier général d'Ettenheim.
Le 1 6 mars, à minuit et demi, Fririon, Ordener, trente dragons du 2&°^ et vingt-cinq gendarmes, passèrent le Rhin à Rheinau, à peu près en face d'Ettenheim^ Les gendarmes étaient commandés par le ohef d'escadron Chariot , le même qui , deux mois s^près, et presque sur le lieu de cette scène, m'a raoonté les détails suivants.
Ils avaient laissé en réserve sur la rive gauche trois
escadrons de dragons du a6"*. Dans leur marche
j>rompte et silencieuse ils traversèrent, sans être
siperçus, trois villages endormis. Le jour allait paraître
C|uand ils arrivèrent à la porte d'Ettenheim. Ordener
ot ses dragons y prirent poste. Chariot entra dans la
ville avec ses gendarmes. Pfersdorf , l'un de ses mai*é-
chaux des logis , qui la veille était venu reconnaître les
lieux 9 lui servait de guide. Ils marchèrent droit à la maison qu'occupait le Prince; et sans hésiter, tout étant convenu d'avance , le commandant et vingt gendarmes se prolongèrent dans la rue sous les fenêtres, tandis que quatre autres gendarmes , escaladant le mur • du jardin , allèrent se placer dans la cour sur la face opposée de cet hôtd. Le Prince Toccupait avec deux aides de camp et onze domestiques. Il y possédait deux millions trois à quatre cent mille francs dans une cassette; ses armes toutes chargées étaient prêtes: il avait soixante coups à tirer.
Cette maison était à peine entourée , que , au bruit des bottes des gendarmes sur le pavé et au cliquetis de leurs armes , une fenêtre s'ouvrit ; un regard rapide fut jeté , et l'aide de camp Grunstein , se précipitant chez le Duc d'Enghien , lui cria : a Vous êtes cerné ! » Sur quoi le Prince , se jetant en bas de son lit , saisit un fusil à deux coups , et de sa croisée , voyant passer le commandant français, le coucha en joue : il allait le tuer. Vingt fenêtres, d'où pouvait partir un feu pareil, s'ouvraient à la fois sur la rue ; et de là il n'y avait qu'un pas à faire pour s'échapper, et pour fuir vers la montagne ; mais, en ce moment décisif, Chariot élevant la tête et la voix , cria : « Messieurs, je suis en force ici; « point de résistance , elle est inutile ! » Pourtant le coup allait partir et donner le signal d'une lutte dont toutes les chances, selon le commandant lui-même, eussent été contraires aux assaillants , lorsqu'un fatal génie poussant Grunstein lui fit mettre la main sur l'arme du Prince. IL la détourna , lui disant-: « Qu'il ce voyait là trop de monde, et qu'en effet toute résis-