‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 122 sur 257 · CHAPITRE VU Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU Î

Cl i^te de lues jours I J'estime Bonaparte , }e. le regsurde <f commeun grandhomme; maisiln'estpointBourbon, «; il n'a pas le dfoit de régnei! syr la France; il devait «c rendre. la couronne à^ma famille. ^ ,

Le lendemain il sembla qu'un noir pressentiment lui. eût fait entrevoir la cruelle destinée qui l'attendait. H J aurais dû tuer votre mari, dit^-il à la femme du a coomiandaiit^ 3 en avais- le droit! Je défendais ma « Hbeirté; je me repentirai peut-être de ne: l'avoir <f point fait!'^ Sur l'exclamation de cette femme ^ il reprit : « C'eût été votre faute;, pourquoi ne m'avoir « point prévenu par un billet? -^ Et comment , ré- « pondit-elle, l'aurais-je pu,- puisque j'ignorais tout! »

Le Duc d'Enghien ne s'était point trompé : M*"® de Rohan vint tout en pleurs supplier qu'on lui permît de le voir, et d'aller à Paris, sans doute pour se jeter aux pieds du Premier Consul; mais le commandant la ïenvoya au préfet Schée, qui lui déclara qu'elle ne verrait point le Prince et qu'elle ne passerait point Saverne. Sur un reproche qu'il lui fit , elle répondit : « Oui, je sais qu'on lui a pris trop de papiers! » Néanmoins , il le faut répéter, il n'y eu avait pas un seul qui fût relatif à la conspiration de Georges.

Parmi ces papiers, l'attention du commandant avait «té frappée par une lettre datée de 1792. Elle était de la mère du Duc , Princesse de Bourbon , dont l'esprit était bizarre, et qui aimait alors les principes constitutionnels ; cette lettre pressait le jeune Duc de rentrer en France. « Pourquoi ne l'avoir point écouté, « dît-il au Prince? — Ce n'était point à elle, répon- €t dit-il, c'était au Roi seul que je devais obéir! »

Puis , irrité sans doute de ces interrogations , de sa position et de tant d'amers souvenirs , pour la première et seule fois il s'emporta; il rappela le meurtre de Louis XVI, de la Reine, de Madame Elisabeth, et maudit la Révolution Française. Ce moment-là seul excepté, le commandant se plaisait à me répéter que, dans une infortune si accablante, pendant ces deux jours, ce Prince avait été d'une politesse sans hauteur et pleine de la dignité la plus imposante ; que tout en lui forçait aux plus grands égards, et maintenait à une distance respectueuse; que, dansles instants les plus pénibles^et jusqu'au dernier moment, celui où il vint le réveiller pour lui annoncer qu'il fallait partir de la citadelle , il s'était montré calme et ferme ; même lorsque, au milieu des adieux et des sanglots de ses trois officiers , il leur témoigna le regret d'en être séparé : « Mes amis , leur c( dit-il , je suis fâché de ne pouvoir plus rien faire « pour votre fortune !»

Tel fut , mot pour mot , le récit que me fit ce commandant sur cette première partie d'une aussi horrible catastrophe. Il le termina par ces mots : « Je mis le « Prince dans la voiture du général Ordener, et il « partit en poste pour Vincennes ! »

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