‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 121 sur 257 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Tc importance à mon enlèvement! Au reste, vous avez « le droit du plus fort, on vous donnera raison. »

En traversant le fleuve il répondit à Ordener : « Pourquoi serais-je rentré en France? Pour y être ce colonel? Je ne pouvais avoir d'existence que chez les <c Autrichiens. » Puis, au commandant Chariot : c II « faut que cette expédition se soit faite bien secrètece ment. Je suis étonné de n'avoir pas été prévenu , ce car j'étais aimé à Ettenheim. Vous ne m'y auriez « pas trouvé ce soir. Hier la Princesse de R... m'acc vait supplié de^ m'éloigner, mais j'ai ajourné mon ce départ, croyant que vous n'auriez pas le tiemps « d'arriver cette nuit. Je suis sûr qu'elle viendra , ce qu'elle voudra me suivre; elle m'est très -attachée; ce traitez-la bien. »

' Chariot ajoutait que deux bataillons et une batterie étaient en position devant Offenbourg, sur la rive droite du Rhin; que Caulaincourt les commandait; que sa mission était d'enlever une Baronne de Reich et d'autres émigrés, et qu'il ignorait vraisemblablement le reste. De son côté Caulaincourt a souvent protesté, depuis, de cette ignorance, d'ailleurs très-conforme au secret absolu que, dans de semblables occasions, observait toujours le Premier Consul. Nous gardions entre nous la même réserve. Nous partions subitement du sein de notre famille, sans qu'elle pût se douter de noire destination. Cela était si bien établi, qu'il ne Amenait même à l'esprit de personne de nous adresser là-dessus la moindre question.

A New-Brisach d'autres troupes étaient sous les armes. Dès qu'on fut débarqué sur la rive gauche, le

Prince fut placé dans une voilure, conduit à Slrasbourg, et renfernié' dans la dladeHé. '

Il y resta deux jours sous la garde du chef d'escadron Chariot, et sans être entièrement sépare de ses compagnons d'infortune. Ce fut là que ses papiers furent examinés. C^ officier m'a affirméque, dans toute <;ette correspondance saisie si inopinément, aucuii mot, nulle trace de connivence du Prince avec le complot de Paris, ne furent trouvés. Le conuuandant n'y vit que la preuve évidente d'un rassemblement d'émigrés sur la rive droite du Rhin , et de nombreuses intelligences pratiquées sur la rive gauche.

De cette prison^ où il venait d'entrfer, le malheureux Prince entendait couler les flots du .fleuve. Ce fleuve seul le séparait des honneurs dus à son rang, de sa liberté, de sa sécurité, d'une femme jeune et belle qu'il chérissait, et à laquelle il avait secrètement, dit-on^ uni son sort , malgré sa famille. Tant de biens perdus, qu'il sentait encore si près de lui, rentraînèrent à tenter un dernier effort pour les recouvrer. Se voyant enfin seul avec le commandant : « Hé quoi ! lui dit-il, « en arrêtant ainsi l'un de vos anciens Princes y n'é- « prouvez- vous donc aucune peine? — r- Non, mon- « sieur, lui répondit l'officier de gendarmerie , j 'obéis à « l'autorité légitime. — Pourtant, reprit le Prince, « le Rhin est là ; il dépendrait de vous de me mettre « sur l'autre rive, et dès lors votre fortune serait « faite. » Mais le commandant lui répliqua brusquement qu'il n'entendait pas de cette oreille, et lui signifia dépasser dans l'autre chambre. Le Prince, alors se résignant, ajouta : « Vais-je donc être en prison pour le

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