‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 124 sur 257 · CHAPITRE VII. Î<J · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. Î<J

ohez le général Duroc pour rendre compte du service des vingt-quatre heures, je rencontrai sur le grand escalier radjudant-major de la gendarmerie d'élite. Il venait , selon Tusage , se réunir à moi pour joindre son rapport au mien. Étonné <le la pâleur livide, de la décomposition de sa figure, et du désordre de ses vêtements, je lui en demandai la cause? « Ah!... me a répondit-il en jurant, il n'y a là rien d'étonnant « quand on vient de passer une nuit aussi affreuse! «. — Quoi donc? que vous est-il arrivé?, repris-je. » Et lui s'arrêlant me répliqua : « Il y a eu cette nuit un <f coup de foudre ! »

Cette exclamation m'émut sans toutefois m'éclairer; mais, arrivé dans le salon où le général Duroc n'était point encore, j'y trouvai Hulin, fort rouge, l'air trèsmonté, allant et venant dans la plus vive agitation. Ce colonel de la Garde était un personnage de trèshaute et forte taille. L'adjudant-major aussitôt le rejoignit, et j'entendis Hulin s'écrier à plusieurs reprises : c< Il a bien fait! il vaut mieux tuer le diable que le « diable ne nous tue! » J'entrevis alors une catastrophe,

.l'ignorais l'arrivée du Prince à Vincennes ; je ne pouvais croire encore qu'il fût question de lui. Pourtant, c)a03 mon anxiété , m'approchant de Hulin, je risquai <îes mots : (c On dit le Duc d'Enghien arrêté ! — Oui! ^< et mort aussi! » me répondit-il brusquement. Duroc alors étant entré , nous l'entourâmes. Mon rapport fait, sur une brève et presque muette interrogation <l'Hautencourt répondit : <c II a été fusillé dans le fossé, <c à trois heures du matin ! w Alors , sortant de sa poche

un paquet, d'environ trois pouces carre, déformé, comprimé et flétri comme s'il eût été longtemps porté, fadjudant^majoi* ajouta : a Au moment de mourir, il (c a tiré de son sein ce papier, en me prkint de le faire « remettre à la Princesse. Ce sont des cheveux , du. . • ! » Ces derniers mots furent dits avec une affectation d'insouciance qui acheva de me glacer d'horremr de la tète aux pieds. Je me sentis pâlir; il me semblait que la terre se dérobait sdus moi! Mon service venait de finir, je me retirai sur-le-champ dans un trouble inexprimable.

Je connaissais pourtant bien cet adjudant-major; je le savais brave, probe, et ordinairement plein d'humanité et de douceur; mais, soit entraînement hors de sa sphère , dépendance de position , excitations de son colonel, quelle transformation subite! Voilà donc le danger des trop grandes et graves circonstances pour des hommes que rend trop subordonnés un conv mencement de fortune toujours chèrement acheté; sans société assez choisie dont ils puissent craindre le jugement; accoutumés par état à obéir; trop obscurs enfin pour compter avec l'histoire ! Et même encore, parmi les hommes élevés au milieu de ces garanties sociales, dont ceux-là étaient dépourvus, combien l'histoire nous en montre pour qui , dans de semblables circonstances, toutes ces garanties ont été insuffisantes! Joignez à ces considérations applicables aux juges comme à l'exécuteur du jugement, Içi surprise, la hâte, rhabitude d'obéir, une apparence de légalité et cette fatale erreur sur la complicité du Prince dans l'odieux cpmplot de Georges ; erreur coiafirmée pr

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