CHAPITRE VII
l'exclamation de Hulin, que je viens de rapporter. Malheureux Ptince! que son héroïsme guerrier et sa jeunesse chevaleresque ne permettaient pas de soupçonner complice de l'assassinat médite contre Bonaparte ! Et pourtant , innocent de cet attentat , il venait d-en tomber victime !
Arrivé, je ne sais comment , chez mon père, tant je marchais absorbé et consterné par un événement aussi tragique , je tombai au pied de son lit sur un siëge en lui disant : « Le Duc d'Enghien a été fusillé « cette nuit ! Nous voilà ramené aux horreurs de 93 ! « La main qui nous en retirait, nous y replonge! « Comment désormais y rester associés ! » Mon père, d'abord atterré, resta muet; il ne put me croire. Je lui fis le récit qu'on vient de lire; et lui-même, alors révolté , ne tint pas plus de compte que moi de ce qui avait pu motiver cette vengeance. Il crut d'abord, comme moi, que, après ce premier pas sanglant, nul génie ne serait assez maître de lui-même pour s'arrêter dans une voie si funeste, et qu'il fallait, en efifet, songer à s*en séparer.
C'était pourtant un trop grand parti à prendre pour s'y décider avant d'avoir connu tout ce qui avait pu déterminer à un acte aussi cruel. Mon père , alors conseiller d'État , pouvait mieux que tout autre s'en instruire. Pendant les trois jours suivants qu'il y employa, enfermé chez moi , maudissant cette nuit fatale, obsédé du spectacle horrible qu'elle offrait sans cesse devant mes yeux, je restai anéanti ! Jusque-là , fier avec tant de raison du grand homme que je servais , je m'en étais (kit uil héros complet ; je m'étais persuadé que nulle
raison ^ ou de politique, ou de sûreté persônndle , ou de vengeance, ne l'emport^att suf la générositë de son caractère^ LiÇ3 détails <)ut suivent, soigneusement recueillis, monttef ont pourtant que je ne nï'^tais pas entièrement trompé, et que cette générosité, perdue dans un premier emportement, Tavait ressaisi, mais trop tard ; et qu^ ce fut un hasard funeste qui en rendit le retour inutile bien fatalement.
Toutefois les premières nouvelles que moii père nous rapporta atténuèrent peu l'impression que la violence, trop préméditée, de ce cruel coup d'Etat, nous avait causée. Après les instructions données ^à Ordener Napoléon s'était craint lui-même; pendant toute la semaine suivante, retiré à Malmaison il y avait repoussé les intercessions de Joséphine; et, bien qu'il eût su que rien , dans les papiers saisis , ne dénonçait la complicité du Prince dans l'attentat , il n'en avait pas moins persévéré dans sa conviction et dans sa colère ! Le 20 mars, vainement Mùrat, commandant Paris , avait repoussé ses ordres, et refusé toute participation à cette vengeance ; toujours inflexible il avait tout pris sur lui ; il en avait dicté et signé lui-même tous les détails : les noms des juges militaires, l'ordre déjuger sans désemparer, celui d'exécuter sur-le-champ le jugeaient quel qu'U. pût être ! Enfin , pour surveiller l'accomplissement de ces instructions, il avait choisi le seul de ses aides de camp qu'il savait capable d'obéir, sans hésiter, à de tels ordres !
On ajoutait, il est vrai , que le soir même, se ravisant, il avait envoyé à Real l'instruction d'aller interroger le malheureux Prince, ce qui ^ sans doute , l'eût sauvé ;