‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 133 sur 257 · CHAPITRE 1. 29a · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1. 29a

(( près des ministres, je vous recommanderai. » Ainsi rassurée et encouragée la pauvre veuve avait osé se présenter le lendemain. Introduite sur-le-champ , et tout éblouie de Tappaireil impérial, ^uand elle reconnut l'Empereur dans cet inconnu si charitable de la veille , son trouble d'abord fut extrême ; mais quelle joie lui succéda lorsqu'elle l'entendit donner l'ordre : que sa maison détruite par la guerre fut rebâtie, qu'un petit troupeau et plusieurs arpents de terre y fussent ajoutés, et que son fils unique, soldat sous nos drapeaux , fût aussitôt rendu à son infortune !

Quelques jours après, le nom 'de Guttenberg reçût un premier hommage dans Mayence à la fois fortifiée et embellie. Je m'y trouvais. Bien plus soigneux qu'on ne pense de ceux de son intérieur. Napoléon, me sachant accablé à Paris d'un grand chagrin, m'avait paternellement appelé à Mayence pour m'en distraire. Ce futlàque, au milieu d'un nombreux concours de Princes allemands, nous entendîmes, à un lever, le j eune Duc héréditaire de Bade, interpellé par Napoléon sur ce qu'il avait fait la veille , lui répondre avec embarras : qu'il s'était promené de rue en rue ; et l'Empereur l'en gronder ainsi : « Vous avez eu tort. Ce « qu'il fallait faire , c'était le tour des fortifications , et a les bien examiner. Que savez- vous? Peut-être devezr « vous l'assiéger un jour. Qui m'eût dit, à moi, lorsque « simple officier d'artillerie je me promenais dansTou- « Ion, qu'un jour il serait dans ma destinée de re- « prendre cette ville? »

Pendant ce séjour l'Empereur, forcé de se séparer

2M LIVRE DlX-SEPTiÈME

de Ffaiipérairice^joii encûinfiamomeniaiàémentk g/suràc. Elle me raconta que, à Aix-la-Chapelle, on luiaiukit fait Totr un morceau de la Croix du Christ^ que Charlemagne a^ait longtemps porté sur son sein comme un t^»nafi. {lile ajoutait qu'un hras presque entier /reste de ce grand homme , lui avait été offert ; mais que j n'en acceptant qu'une esquille , qu'elle me montra , elle a'vait repondu : « Qu'elle ne voulait pas pri\^r «« AÎK-la-Chapelle d'un si précieux souvenir^ elle suret tout à qui le bras d'un homme aussi grand qiu^ c< Charlemagne servait d'appui ! »

Ce fut encore à Mayence que des trésors extorqués, par la fraude , à des Princes allemands possessionnés , leur furent restitués. D'autres bienfaits marquèrent le pasaa^ de Napoléon à Kaiserdauterj:i ^ Trêves et Lui&eiâbourg , d'où enfin , après trois mois du plus célèbre et du plus utile de ses voyages , il revint à Saint- Clmid le 1 3 octobre.

GHAPITRE II.

il n'avait pas tenu au génie du gouvernement aurais d'aiors , d'interrompre le cours de ce voyage par l'ia^iention d'un nouveau forfait de son ministre à la Coarde Hesse. Deux assassins, soldés par ce diplomate, allient été découverts, dans Mayence y par Bonaparte. Leur correspondance avait été saisie. Bumbolt, autre agent anglais enlevé de Hambourg avec les preuves d'ttti) essai de crime semblable , (ut conduit au Tem-

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pie, puis relâché sur les plaintes de la Prusse. C'ëtaieAt là les derniers souiHes de la grande conjura^ tioa de Pichégra et de Georges Cadoudal. La sévérité de la répression et la publicité donnée à ces madiinaiions infernales y mirent un terme.

L'accumulation de tant de criminelles tentatives peut expliquer pourquoi le Pape, dans cette même année y accc^da sa consécration au nouvel Empereur. Ces infamies n'excusaient pas le meurtre qu'elles provoquèrent; mais l'indignation qu'elles firent éprouver put entrer dans les motifs qui décidèrent le Saint-Père à cet acte solennel.

En effet cette année 1 8o4 , déjà pleine de tant d'événements, allait s'agrandir encore de la plus rare et de la plus imposante des scènes civiles et religieuses. La Constitution voulait un arment impérial , et qu'il fût prêté sur l'Evangile. Un décret l'annonça. Le lieu que préférait Napoléon était Notre-Dame; toutefois, soit souvenir de la gloire première due à son épée , isoit concession à des susceptibilités antireligieuses et ^révolutionnaires , ce décret avait désigné poiu* époque le i8 Brumaire, et pour lieu l'église des Invalides. ^9Iais bientôt tout cliangea, tout grandit , tout fut porté ^U4 comble , et de manière à frapper le plus les imagînaiions , selon le penchant de Bonaparte.

Ce qui paraissait le plus remarquable dans l'établisseaaaent des trois premières Dynasties, c'était la consécration de la seconde par l'onction du Pape. Et encojpe Etienne III n'était-il pas alors venu tout exprès pour sacrer Pépin au sein de la France. Napoléon coi^mençait la quatrième Dynastie française. De lut à

Pépin, ou de Pie VII à Etienne III, quelle était 1=.différence? Que l'importance et que la suprématie de- Papes fut bien moins reconnue au huitième siècle , S: 1 n'importait ; Rome d'ailleurs n'avait garde d'en con- m::^!venir. Et puis , de son côté , Napoléon n'était-il pa: .^^^as plus grand que Pépin? Sa puissance, en France et enc^^en Italie, plus positive? Les services rendus à la religioEK ^z^on étaient-ils moins étendus? Le Saint-Père lui-mém».Mnme n'avait-il pas déclaré : « Que, après Dieu, c'était s^ cïà «Napoléon que l'Église était la plus redevable! >c: »

Pourquoi donc, quand les intérêts , les hommes et let^^^ Jes circonstances étaient comparables, son avènement ^:^«nt n'obtiendrait-il pas de Rome le même appui que ce— ^3Blui du père de Charlemagne?

Quoi qu'en pussent dire l'incrédulité révolutionnair^'^^e et l'esprit sceptique de Paris , un tel appui devait étr^^^e recherché.

L'espoir de l'obtenir conçu dès le i8 mai i8o4, la^^ négociation avait aussitôt commencé. Rome, aprè^^ l'essai de quelques prétentions ambitieuses, céda san^^ conditions, soit crainte, ou plutôt que l'intérêt de h^ Religion l'eût décidé. Attentive à ressusciter ses précédents, elle espéra, en couronnant de sa main Napoléon^ paraître avoir recouvré le droit de donner la couronneimpériale. Le cardinal Cbnsalvi recommanda surtout;: cet acte au Saint-Père avant son départ pour la Francet Mais Pie VII avait affaire à -un Prince déjà trop jaloux: des droits du trône pour se reconnaître ainsi vassaC du Pontife romain. Lui-même était d*ailleurs trop bon prêtre pour être aussi ambitieux et aussi habile queson ministre. On sait assez ce qui arriva : on sait que le

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