CHAPITRE II
Saint-Père, après un voyage triomphal, bien contraire à ses appréhensions, au travers de la France à genoux sur son passage, arriva, le 20 novembre i8o4 , à Fontainebleau , et qu'il fut reçu , avec une affection res- -pectueuse, par Napoléon, au milieu des hommages des grands Corps de l'Etat, de toute la Cour et de la famille impériale. Maison sait aussi que, en même temps, la politique prudente et fière de l'Empereuf en obtint tout ce qu'il voulait sans rien céder; et qu'enfin, le -2 décembre , jour du Sacre dans Notre-Dame , saisis- :5anf la Couronne placée près de l'Évangile , lui-même et debout se couronna , et qu'il couronna de même , aussitôt après , l'heureuse Joséphine tombée à genoux devant lui, au pied de l'autel !
Dans cette grande solennité , ordre complet , sérénité du ciel , concours entier du Saint Père , acclamations publiques au dehors de Notre-Dame comme au dedans, tout satisfit Tattente de Napoléon. Je puis en répondre , j'en fus témoin ; je commandais même ce jour-là dans cette cathédrale ; j'en avais pris possession militairement depuis la veille : le droit , l'usage , la sûreté de l'Empereur le voulaient ainsi. Les insignes impériaux se trouvèrent confiés à ma garde et, entp'autres, l'épée de Charlemagne. Je me souviens ménîe que, pendant la nuit que nous passâmes sur pied dans cette église, l'un des officiers qui me secondaient, chargé de la garde de ce glaive, eut la folle idée de s'eïi servir en provoquant l'un de ses camarades, qui, liiiayàntopposé son sabre, se consola d'avoir été vaincu, et-ménte quelque peu blessé, par l'épée d'un aussi grand homme!
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Quant aux détails secrets qui précédèrent ce mémorable^ tels que la rupture de Napc^on avec sor^ «^ fràre Lucien , à propos de sa mésalliance ; la dissoki ^e:)^ tion du mariage, pourtant moins inconvenant , qjn'K ^^ exigea et obtint de son autre frère Jér6me , et la sanc^^^^iction religieuse donnée enfm par le cardinal Fesch mariages civils de Murât , de Louis Ëonaparte et d» Napoléon lui-même, ils sont connus, ainsi queJes inu^v mutiles efforts, et les susceptibilités jalouses de la famill».H-Ble impériale , contre le couronnement de Josépliine .e^^> et contre les honneurs que désormais les sœurs de Na-^^^^poLéon durent lui rendre.
Mais une autre difficulté s'était élevée. Le Pap>^J>e avait attendu de l'Empereur qu'il communiât publi-» Wiquement le jour du Sacre. Napoléon en ai?ait délibéré^^*é. Mon père lui objecta la nécessité préalable d'une con^r^snfession à laquelle U ne se prêterait peut-être pas , es^^t d'une absolution qu'on pourrait lui refuser.
a La difficulté n'est point là , répliqua Napoléon ; « le Saint-Père sait distinguer les péchés de César d^^ « ceux de l'homme, d Puis continuant : « Je sais ^-^ « dit-il , que je dois l'exemple du respect pour la re^ — n ligion et pour ses ministres : aussi me voyez-vou^ <c bien traiter les prêtres, aller régulièrement à l0^ « messe , et y as6ister avec une attitude grave et rc-^ « cueillie. Mais on me connaît ; et^ pour moi conun^ « pour les autres, si j'allais plus loin ] . . • Qu'en penses^-- « vous? ne serait-ce pas donner à la. fois l'exeaipl^ <i de l'hypocrisie et coimfnetire un sacrilège? » La question ainsi posée était résolue d'avance; iiKm.père fut forcé d'en convenir, et le Pape en fit autant.
Gesonvenbr de famille m'en rappelle un autre : c'est ^pie^ie soir du jour de cet entretien, je fus mis aux arrêts par TEmpereur. Voici pourquoi : ri&discrète exigence ^ pour un »u*croil: de places de faveur dans Notice-Dame^ d*un personnage trop connu politiquement, aiFait forcé à un refus. Ce personnage était venu sen plaindre chez mon père, à lui-même, et en termes peu mesurés. Tétais présent; et, quoique mieux accueilli c[u*il ne méritait, je Tentendis, en se retirant, proférer des paroles jnenaçan tes. U faut savoir que cet ex-jacobin forcené passait pour avoir fait emprisonner et désigner pour Téchafaud le maréchal de Ségur, mon aïeul, cpe le 9 thermidor seul avait pu sauver de ràrchamement de ce misérable. A ce cruel souvenir, que Timpudence présente de ce montagnard, au Hniieu des miens, raviva, on peut juger de ma colère : elle était au moins exaisable; et, de la p<Nrte du salon jusqu'à la porte codière , il en ressentit sur-le-champ de rudes eflRets. C'était assez ; mais, la vengeance dans le cœur, j'allai plus loin ; je voulus en finir à l'instant même, et, comme il prétextait la nuit, très-noire en ce moment, je le forçai à un rendez- vous pour le lendemain.
Pendant ces voies de fait mon père, que les approches du Sacre occupaient, était retourné chez TEmpereur, qui, voyant son air soucieux , lui en demanda la cause. L'ayant apprise, il se récria contre ce duel^ ^m'enToya enfermer chez irioi; et, par son ordre, une heure apras, l'ex- terroriste, tout meurtri qu'il avait èéj revint terminer cet incident en apportant à mon père ses fauinbles excuses.
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Mais revenons à un sujet moins personnel. On a contesté les égards, alors pleins d'affection et de respect, de Napoléon pour le Saint-Père. Ces critiques sont calomnieuses : je peux et je dois l'attester. Depuis l'arrivée de ce Pontife, digne sous tous les rapports de la vénération universelle, jusques à son retour en Italie, je fus chargé du soin de sa garde et de sa personne. Il occupa, aux Tuileries , à côté de l'Empereior, l'aile de ce palais qui a vue sur le Pont-Royal et sur la Seine. On prodigua tout pour que ceux de sa suite, singulièrement choisis pour la plupart , fussent satisfaits, même dans leurs goûts assez bizarres. On eut sans relâche pour Sa Sainteté les mêmes soins, les mêmes respects que pour l'Empereur lui-même. Dans son appartement, distribution, ameublement, tout avait été disposé pour lui rappeler Rome autant qu'il était possible, et flatter ses habitudes.
Quant à Napoléon, nous remarquâmes, tous, sa gaieté constamment douce et reconnaissante, et sa déférence filiale et caressante envers son hôte. On sait, à propos des exigences, spirituelles et temporelles, de ce Pontife, qu'il le satisfit , soit par quelques concessions, soit par des explications si convaincantes et si convenablement exprimées, qu'il était impossible de ne pas s'y rendre.
Dans les bénédictions que le Siiint-Père distribua de sa fenêtre, et surtout à ses fréquentes audiences, dans la galerie du Louvre, au public toujours nombreux cpie sa présence attirait, une surveillance active contint^ prévint, ou réprima l'indiscrétion et la légèreté françaises. Nous vîmes l'atliée Lalande, lui-même, tomber