‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 135 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

siux pieds du Pontife, et baiser sa mule ! Dans tous les étal)Iissements publics que le Pape honora de sa présence, il fut reçu en Souverain. Personne n'osa lui faire distinguer la curiosité de la piété ; et bien souvent je vis ce "tréritablement saint successeur des Apôtres, dont la figure vénérable portait Tempreinte de la plus sereine aménité , si frugal , si simple , si austère pour lui seul , et d'une indulgence si aimable et si paternelle envers les autres, profondément attendi^i de la vive et pieuse inipression qu'il produisait !

Après quatre mois de séjour à Paris, depuis le Sacre, îl en repartit le 4 avril i8o5. Je reçus l'ordre de le i?*econduire jusqu'à Voghère , dernière ville où s'étendait alors le pouvoir impérial. Dans ce voyage , le <:^rdinal français de Bayanne charma nos repas par son esprit. C'était à table, surtout , que ses collègues xtaliens se consolaient d'être encore en France. I.UÎ , plus friand que gourmand , y montrait le dé- <dain le plus plaisant pour tout ce qui n'était pas d'un goût exquis. « Laissez cela, mangez de ceci, me dic< sait-il ; et , croyez-moi , en fait de friandises <« rapportez-vous-en toujours au goût d'un vieux « prêtre. »

La conversation tournant à la guerre, ce cardinal ^arla d'une blessure effroyable miraculeusement et :i?^dicalement guérie. Un général présent profita de <*étle occasion pour citer une blessure , non moins grave , qu'il avait reçue en Egypte, mais dont il se ressentait encore : « Oh! reprit le cardinal , c'est que « Vous avez eu affaire à ime balle turque, à une balle ^ infidèle ; tandis que celle dont je parle était chré-

des LIVRE DrX-9«PTlÈME.

« tîeime , apostdUqiie y c'«st bien difTérent ; ii ne Itn (c loanquait ménie que d'être rcanaine ! »

Ce jouF*là le marquis Sac^faelti se phit à mms présenter le confesseur du Saint-Père coimne un seôhA qui avait obtenu un miracie de la sakite Viei^. Sfens le P8^,en(l'écoutant, souriait. Le cardinal de Bajrnine nous le fit remarquer; et nous nous pennliBes 'de croîre.un peu plus à ce sourire, qu'à la sincère et chaieureuse attestation du majordome.

Nous étions alors à Châlons, où le Saint-Pève fat reçu au delà de notre espérance. Mâcon fut froide. Depuis te cruel siège de Lyon, en 1793, les mcHftagnards, qui s'y réfugièrent aloi^, y avaient laisse -leur ndéc^aut esprit. Récemfment encore , lorsqu'on aptait essayé d'y rétabln* des barrières , le bu^e de FErapereur, tes commis, les barrières elles-mêmes, tout avait été jeté péte-méle dans la Saône.

Lyon au contraire , toute pieuse et impériate , nous reçut à bras et à cceurs ouverts. Le lendemain de son arrivée, lorsque, dans la cathédrate , le Saint-J^ère permit au péupte d'y venir baiser sa mute et receiroff sa bénédiction , l'aflflucnce fut si considérabte , Tempressement si excessif, que, tes derniers venus poussant 'tes premters,il faillit être étouffé contre Fa«rtcl. H y «ut là un moment vraiment critique. Heureusement fvh vais fait mettre à ma disposition un batailh9vi'd%nevriens , lesquels, en bons Allemands qu'H^ étaient, tout à leur consigne , ne craignirent -pas de répoHdbpe à mon appel. 11 était temps* Il feliut une vérifaÉèe charge pour dé^]^ le Pape , d'atbord attendri , puis très-sértei»en«efnt alafrmé de l'ardeor extrii^e de

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tSÊfÊi ^^^%oiDBaages. Ce Tefetilemeiit, dcf^ena incfispen- <;ad)le j ne s'offeetim pss sans bien des cris ée détresse, iTmn^atement'Sui vis d'évanouissements, d'accoucheirioieifts méine, dit-on : phisîënrs femmes et c[uelqiies l:r^>inmes forent emportés demi-morts hors de la ftmle. J^n'eos point à m'en repentir, caor, en tonte vérité, ns ce mown extrême , le Saint-Pére, dont le r^ard implora dcms cet instant , ne serait pas sorti vivant ci^réglîsc.

Dîrai-je, pomr nerîen oublier, que je Tavaispréoédé, c2«t[nelques heures, dans cette cité célèbre. Le cardinsilFesch en était le premier pasteur. Excellent-prêtre, a la générosité près, c*étaît lui dont la négociation pins ruck^ qu'habile, mais secondée par les sollicitaticmsxie Févéqoe Bemier'ét de Caprara, avait décidé le Pape à ce grand voyage. Le séjour de Sa Sainte à Lyon en devait être le dernier épkode renrarquaible. Ce séjour exigeait quelques frais dispendieux. Soit malice, ou économie de l'Empereur qui calculait tout, fl avait arrsôigé que lecardinal, son oncle, serait chargé dcfeicMpense, et moi d'y déterminer Son Éminence. Mais, k cette proposition malsonnante , l'indignation do cardinal le saisissant à la goi^ fut si grande , qu'il nepiitmic répondre que par des cris inarticulés, f insistai, bies moins dans l'espoir de réussir que pour pFolangar une scène que je n'envisageais plus que par son côté plaisant. Cependant, l'émotion du cardinal augmentant jusqu'à le rendre phis rouge qtie son chapeau, jemefaàtaide me retireret d'aller pourvoir d'une autre ifeçon auxârais de b réception du rSairit-Père. Ce fiit Bh je CTO» , m ce n'est à Twrin , que TEnipe-

reur allant se faire couronnera Milan, et Je Pape retournant à Rome, se rejoignirent pour la dernière fois, e^ qu'ils prirent congé Fun de Tautre. Les adieux de c«s deux Puissances , les plus grandes , tetnporellement ^^ spirituellement, qu'il y eût alors au monde, furent tou^ — chants. Satisfaits Tun de l'autre ils ne prévoyaient psi.^ plus que nous, sans doute, combien, huit ans plus taT<3L ^ leur seconde entrevue à Fontainebleau seraitdifférent^^ -

On voit que je viens d'anticiper sur i8o5 pour ten^ miner ce qui a rapport au voyage du Pape en France^ - Pour en finir avec i8o4j je rappellerai la distiri— bution des Aigles aux députations de l'armée , le ^ décembre , qu'une pluie battante et le cri républica îan d'un seul étudiant en naédecine n'interrompirent pas- - Cet étudiant renouvela, plus violemment encore, cett^ même manifestation, en i8i5, au Champ de Mai 9 une pareille indulgence , en répondant à ses cris de « j4 bas le tyran ! les démentit.

A ce souvenir ajoutons le nouvel attentat anglai:^ 9 du 5 octobre i8o4, sur quatre galions espagnok, 1^ pillage de vingt-quatre millions sur trois de ces gsi--" lions, et la perte du quatrième coulé bas, en pleiïB.^ paix, avec trois cents hommes. La déclaration d^ guerre de l'Espagne, le 12 décembre, et l'adjonction*^ de sa flotte à la nôtre furent le résultat de ce systèocm^ obstiné d'assassinats et de violences, déshonneur ^^^ la politique anglaise de cette époque.

Enfin, dans cette année i8o4, on sait combi^^^^ l'établissement de la maison impériale occupa ^^^' poléon. Il y apporta cet esprit d'ordre qui fit de ^® Cour l'une des plus somptueuses qu'on ait vues ,, ^*

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