‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 139 sur 257 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Pourtant, en Helvétie, Tœuvre du temps, que les hommes considèrent toujours bien plus que leur propre ouvrage, fut respectée. En Hollande même, par un semblable respect pour d'anciennes mœurs , on conserva encore le gouvernement républicain; il ne subit qu'une modification : la représentation nationale y fut réduite à dix-neuf membres; un Grand Pensionnaire fut mis à sa télé. Mais l'Italie suivit de plus près la France. C'était la conquête, la création de Bonaparte : il se crut plus de droit d'en disposer. Comment, d'ailleurs, être à la fois Empereur ici, et là Président d'une République? Résolu d'en faire un Royaume, il roffrit à son frère aîné. Mais, soit que la chance de succéder au trône de France, auquel il eut fallu renoncer, parût préférable au j^rince Joseph, ou qu'il trouvât' ce sceptre trop dépendant , soit plutôt irrésolution d'un esprit timide, il hésita ; et Napoléon, dont [^ambition n'était pas toute préméditée, excité par l'occasion , se décida à réunir sur sa propre tête la Couronne Royale de Fer à la Couronne Impériale.

La Consulte d'État italienne, alors appelée, vint dans Paris lui présenter cette couronne ; elle y joignît une charte qu'il jugea trop libérale. Le i8 mars il 31 ccepta l'une, refusa l'autre, et déclara, soit modéra- Lion ou politique, que, à la paix générale, ces deux sceptres seraient séparés. Enfin, le 2 avril i8o5, il se nait en route pour aller prendre possession de ce royaume.

L'admir^^tion reconnaissante d'un grand' peuple , tiré de l'abîme et porté rapidement au faîte de la gloire, était sa légitimité ; il l'augmenta dans ce vovage.

Troyes le revit ; elle l'entendit ordonner que désormais la Seine passerait dans ses mur^, qu'elle aurait un port sur ce fleuve , et que les biens confisqués à ses citoyens par la Terreur seraient rendus à ces victimes. « Il voulait, disait-il, que les arrière-neveux a du peuple de cette cité se souvinssent à jamais de tf son passage ! »

Alors, se détournant, il s'échappa en secret et courut revoir Brienne. Dans ces lieux, témoins de la pauvTeté et de l'obscurité de son enfance, on croira peut-être qu'il se plut à s'y retrouver devenu le souverain le plus renommé et le plus redouté de la terre ; à y comparer, dans une orgueilleuse méditation , ces deux points extrêmes de sa carrière, si proches l'un de Tau ire par le temps , si distants entre eux par le chemin parcouru : court intervalle rempli de tant d'actions gigantesques , qu'elles eussent suffi au riiouvement et à l'illustration de plus d'un siècle ! Il se peut sans doule que, dans cet épisode de Brienne, la contemplation d'un rapprochement si naturel ait été recherchée par Napoléon ; mais on se tromperait en ne voulant jamais voir en lui que l'Empereur ; le héros déjà s'y montre assez; reposons-nous-en, clierchons-y l'homme : on le reconnaîtra dans les détails suivants, dont l'exacte vérité nous le montrera sous un jour moins solennel.

Quelque secret qu'avaii: été le projet de cette excursion de Bonaparte, l'émotion produite pair son arrivée dans cette ville l'ayant précédé de quelques secondes, il trouva, sur le perron du château , mesdames de Brienne et de Loménie^ protectrices de son enfance. Touché de leur empressement il se livra

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