‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 140 sur 257 · CHAPITRE JII · texte numérisé non relu

CHAPITRE JII

à ] 'urbanité de leur accueil avec l'abandon d'une joie naïve, que continrent, d'abord, ces manières nobles et polies dont cette société choisie lui rappelaient toutes les formes. Mais bientôt,, cédant à la vivacité de ses émotions, il se mit à parcourir les appartements, les jardins et tous les détails de ces lieux oii s'était formée son adolescence. Accompagné de ses nobles hôtes il laissait éclater, tantôt gaiement, tantôt avec attendrissement, les impressions que chaque objet retraçait à son souvenir : il leur raconta une foule d'anecdotes et de particularités de cette époque de sa vie, toutes vivantes encore dans sa mémoire. Puis, mettant la grâce et le bon goût des temps passés à leur témoigner sa gratitude, il accepta le diner qu'on lui offrit; il s'y plaça comme s'il eût été de la famille; après quoi, soigneux de n'en pas déranger les habitudes , il voulut les partager : il s'assit à leur table de jeu , il y prit part ainsi qu'à leurs entretiens qu'il cliarma par une conversation animée et spirituelle ; enfin, se conformant à l'heure coutumière dont il s'enquit soigneusement, il se retira dans la chambre d'^ami que lui-même avait demandé qu'on lui préparât. Le lendemain, dès le point du jour, seul, sans bruit, et avec toute l'ardeur de sa première jeunesse, il s'écliappa et courut revoir tous les environs, la Rhotière î^'iirtout , autrefois le but de ses promenades favorites. On le vit y pousser vivement son cheval dans toutes les directions, au gré de l'animation de ses souvenirs; transporté d'une joie d'enfance, s'y livrant entière- ^lent, se récriant à chaque pas et nommant à haute ^"oh tous les lieux qu'il reconnaissait! 11 pénétra ainsi

dans un bois où devait se trouver une chaumière. C'était là que, avec les camarades de son jeune âge, il avait été souvent prendre des repas champêtres. Du plus loin qu'il Taperçut, sautant à bas de son cheval, il courut se présenter à la pauvre femme qui l'habitait encore; et, reprenant gaiement son ton d'écolier, il lui demanda du lait et du pain bis, qu'il dévora avec l'appétit joyeux d'un jeune élève. En même temps sa conversation familière rappela si bieix à celte femme les tours de jeunesse et les espiègleries de ses camarades, qu'il lamena peu à peu à le reconnaître. Alors, jouissant de sa surprise, il ne la quitta qu'après lui avoir laissé une bourse pleine d'or, et l'assurance qu'il prendrait soin de sa vieillesse.

On dit même qu'il se serait oublié plus longtemps dans cette chaumière sans les Chasseurs de son escorte. Ceux-ci , inquiets d'une si longue disparition , imaginèrent de décharger leurs pistolets en l'air, pour l'attirer hors des bois qui le dérobaient à leurs recherches. L'Empereur revint dans Brienne ; il en vit les habitants; il reçut les autorités, dont il recueillit et combla les vœux. On remarqua qu'il fit honneur de ses bienfaits à la recommandation des châtelaines, qu'illustreront, désormais, leur protection jadis si heureusement placée et cette journée pleine de témoignages si délicats d'une douce et juste reconnaissance. Après ces vingt-quatre heures de retoiir tout au passé, rentrant dans sa grande carrière , il s'arraclia à ces cœurs attendris et transportés d'une apparition venue de si haut et pourtant si simple et si touchante.

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