CHAPITRE IV
rivalités et les jalousies étroites de cette foule de petits États divers, pour en faire ressortir un jour, libre, forte et indépendante, T unité et la grande nationalité italiennes.
Que cette pensée ait été conçue par Napoléon, cela fut sans doute. Mais qu'il ait cru que, à une œuvre pareille, une seule vie, quelque grande qu'elle fût, pourrait suffire, et qu'elle ait été le but final de ces envaliissementç, je ne sais. Ce qui semble plus vrai, les passions communes à l'humanité devant surtout en expliquer l'histoire, c'est que, né de la guerre et des conquêtes, et devant tout à la victoire. Napoléon en appela constamment à ce principe de son élévation, jusqu'à sa chute; c'est que, entraîné ainsi par la nature de son génie et par la rivalité acharnée de l'Angleterre, il fut peu à peu conduit à vouloir se rendre maître de l'Europe continentale, comme sa rivale se rendait maîtresse de l'Empire des mers.
D'autre part la force des choses l'y poussait impérieusement. La France, consulaire et impériale, venait de s'imposer, par la force seule, à toute l'Europe. Cet Empire de parvenus, avec les principes contagieux de l^ur grande Révolution , environné de Dynasties anciennes et de Cours aristocratiques , s'y trouvait au milieu d'ennemis naturels , contenus seulement par la dcainte, n'attendant qu'une occasion de ressaisir leurs pertes , et d'éteindre, dans son foyer, le volcan i*évolutionnaire. Ce fait était évident par lui-même et par mille symptômes intérieurs et extérieurs. )La paix de Lunéville, celle d'Amiens, n'avaient pas abusé Napoléon. Il s'en était servi, comme d'une halte, pour
respirer, pour réorganiser la France, pour y enraciner et étendre son pouvoir, et se tenir prêt au renouvellement d une lutle inévitable; Lui-même, dès le mois de mai i8o3, dans celui de ses éparichements secrets le plus important, doht je fus presque témoin, qui fut pris en note sur-le-chatnp,. et dont j'affirme l'exacte vérité, il découvrit sur ce sujet sa pensée entière. Cette pensée était trop fondée en raison, elle fut, jusqu'en 1809, trop justifiée par l'événement, pour qu'il ne soit pas indispensable ici de la reproduire. 11 était alors question des dispositions hostiles de l'Angleterre : « Qu'elles éclatent donc enfin ! s'était « écrié le Premier Ck)nsul ; m'en croy eaî-vous contrarié ? « Tout au oontriiire ! Pense-t-on que je sois assez « simple pour me fier à toutes ces paix, cimentées par « la peur et imposées du fort au faiible? Croit-on que t( toutes ces Puissances pardonneront à la France sa ce gloire et sa grandeur acquises à leurs dépens? Dans « cinq ans une nouvelle coalition serait inévitable. Je « n'aurais pas alors, pour la détruire, les mêmes a moyens qu'aujourd'hui. Mon armée se serait usée a dans le repos et dans les habitudes de la vie civile. « D'ailleurs le temps de la faiblesse ne peut-il donc K pas venir aussi pour la France? Moi mort, songez- « vous à l'ambition des généraux ; à Ja folie des fac- « tions civiles que j'ai comprimées? Elles brûlent de « se remettre en présence, de replonger ce malheu- « reux pays dans le trouble, dans la confusion, « dans . ces flots de sang qu'elles ont fait couler de « toutes parts! A ce signal, voyez tous vos ennemis « se relever et se réunir. Où serait ce patriotique en-