‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 143 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

éptiisées, il en partit; et d'abord un même appareil qu'à Marengo , dans un même but , et plus près de l'Autriche , anima sous ses yeux les champs de Castiglione; puis, dans JV^antoue, Parme, Plaisance, et dans toutes les \illes du Royaume jusqu'à Bologne , Napoléon prodigua ses soins civils et guerriers et les bienfait^ de sa présence, au milieu des transports des peuples. Dans leur exaltation ils lui votèrent des médailles, des statues , et jusqu'à un temple qu'il refusa , comme il se refusa à ce qu'ils s'attelassent à sa voiture.

Toutes les volontés n'avaient pourtant pas alors ployé deya«it lai sienne. Dans Mantoue une entrevue avec Lucien, volontairement exilé à Tivoli, n'avait point amené d'accommodement : résistance remarquable par sa durée, qui fut celle de l'Empire. Lucien, tout au contraire de son frère Jérôme, soit retour tardif à ses premiers sentiments républicains , ou plutôt fidélité à un engagement privé , persista à refuser de sacrifier au titre de Prince Impérial, et même à l'offre d'une couronne, le mariage, d'ailleurs inconvenant, qu'il avait contracté malgré son frère.

De Bologne Napoléon alla prendre possession de G^ênes au milieu d'autres fêtes, et par d'autres bienfaits qui marquèrent son séjour dans cette contrée, dont le climat' et l'aspect admirables sont eux-mêmes une fête continuelle. Le célèbre abbé Maury, en lui appor- ^sint son hommage^ y vint augmenter le nombre de s^s conquêtes. La Princesse Élisa, sa sœur, devenue souveraine de Lucques et de Piombino , s'y trouva. Il ^'y réconcilia avec son frère Jérôme qui , malgré sa triste soumission, n'obtint qu'à demi le pardon de ses

320 LIVRE DIX-SEPTIËME.

imprudences. Ce pardon, il lui ordonna de le iiiériïer, à rinstant même, par une expédition contre TAlgérie, ddnt le but, qui fut atteint, était de délivrer tous les chrétiens prisonniers,, depuis vingt ans, dans les fers de ces barbares.

Cependant, quelqu'éblouis et enivrés que nous fussions nous-mêmes, au milieu de ces tourbillons de fêtes et d'acclamktions , quelques-uns de nous s'étonnaient de tant d'envahissements. Parme , Plaisance , Guastalla, cédées à la France, il est vrai, depuis quatre ans, mais jusque-là gouvernées à part, venaient d'être annexées à la 27 "*' division militaire. C'était le 24 juin, dans Milan , que Gênes, sur sa demande , avait élé réunie à la France : son territoire venait d'être transformé en trois nouveaux départements. Lucques, s'étant offerte aussi, venait d'être, sous une autre forme, usurpée de même. On remarquait que ces ambitieuses extensions de territoire démentaient les déclarations publiques et répétées de Napoléon Consul et même Empereur ; on craignait que les préparatifs hostiles de l'Autriche et de la Russie n'ea fussent justifiés. Quant aux principaux motifs de ces envahissements, suffisait-il d'alléguer les prétentions anglaises à l'empire absolu des mers, la tolérance d'Alexandre contraire aux droits reconnus des neutres, et le vœu des peuples, seuls maîtres, disait Napoléon, de disposer de leur indépendance?

Un autre motif avait été, dès lors, vaguement annoncé. Il a été plus explicitement reproduit depuis mais dans le malheur. C'était la nécessité de refondre-; dans un même moule , les habitudes différentes , !«

Page 1