‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 147 sur 257 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

cjiie jamais , les peuples anglais et français avaient ^té excités Tun contre l'autre , chacun par sa passion dominante : l'un, par son intérêt satisfait; l'autre, par son honneur révolté ; tous deux , par leur fierté nationale, par le péril, par l'inquiétude et l'envie cju' inspiraient à chacun les succès de son adversaire; enfin , par cette rivalité de voisinage, d'où vient que lotit accroissement chez l'un est une menace, un danger pour l'autre.

Nous avons vu que le génie de Pitt avait vaincu^ dans le Parlement, tous ses adversaires. On sait que, s'aidant aussitôt des rêves ambitieuxdu jeune Alexandre, de l'humiliation chagrine de l'Autriche et d'un subside, il avait préparé une diversion contre la descente par 'une coalition nouvelle. D'autre part, pen- . dant l'hiver- de i8o4 à i8o5. Napoléon, retenu dans Paris par son sacre, par la présence du Pape, et par les soins de son Empire, n'en avait pas moins activement continué ses préparatifs de guerre. On se trom-^ perait souvent à vouloir juger de ses véritables et sérieuses volontés, par des velléités de projets qu'il risquait plus que personne , mais seulement en dictées ou en paroles. On a dit que son projet de descente avait varié ; et il est vrai que tantôt il parut y ajouter celui d'une forte diversion en Irlande, et tantôt même celui d'une puissante expédition jusque dans l'Inde! Mais faut-il donc s'étonner qu'une imagination aussi active, aussi entreprenante et aussi féconde, concentrée deux ans sur ce rivage, se soit laissé entraîner à ces diverses conceptions nées de l'impatience d'une longue attente? Le fait est que, en

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dépit de la mort fatale de ses deux plus habiles auii raux, d'abord de La touche-Tré ville à Toulon en i8o4, puis de Bruix à Boulogne en i8o5, lorsque tout fut prêt enfin, il ramena et fit concourir tous ses moyens à sa volonté première, celle qui lui avait fait rassembler sur l'Océan, et dans le détroit, les plus vives forces de la France.

A la fin de 1 8o4 un incident nouveau lui avait fait modifier ce projet, mais sans le changer ; il en avait seulement agrandi l'ensemble : c'était l'attentat de l'Angleterre sur les galions espagnols perfidement attaqués et pillés, sans déclaration de guerre. Napoléon avait profité de ce méfait; et, par le traité ratifié le 12 janvier i8o5, il avait oïl vertement entraîné l'Espagne dans sa cause. Dès lors Gibraltar et le Portugal avaient du être, l'un menacé, l'autre contenu par deux corps d'armée espagnols , et les forces navales de la Péninsule réunies aux nôtres.

En voici l'ensemble : au Ferrol, à Cadix, hCarthagène, trente vaisseaux approvisionnés pour six mois, et cinq mille hommes; au Texel, Marmont et vingt mille soldats sur sept vaisseaux, et les transports nécessaires; d'Ostende au Havre, d'autres transports, nos flottilles, cent vingt mille hommes, et quatorze mille six cents chevaux ; à Brest , vingt-cinq mille hommes , vingt et un vaisseaux sous Gantheaume, et plusieurs frégates et corvettes; àLorient,à Rochefort, six vaisseaux, quatre frégates et quatre mille hommes ; enfin à Toulon , Villeneuve avec neuf mille soldats, douze vaisseaux et six frégates.

Un an venait de suffire à Napoléon pour achever

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