CHAPITRE II. 3ô
neutres en Franconie, qui de ce côlé nous barraient les approches du Danube.
Mack compta peut-élre encore sur la diversion des quarante-trois mille Suédois, Russes et Anglais vers le Hanovre; ce qui en effet eut lieu, mais trop lard , et que paralysa, même après la violation de son territoire en Franconîe, la neutralité de la Prusse. On peut enfin ajouter à ces illusions celle d'avoir cru à la neutralité du Wurtemberg, qu'il nous fallait traverser pour arriver sur le flanc droit et les derrières de larmée autrichienne. Voilà , quant aux premiers jours seule- • ment, l'excuse de ce général. A ces déceptions, jusque-là plus ou moins concevables, on verra que, au dernier moment, une ruse de guerre de Napoléon en joignit deux autres.
De notre côté déjà, le 25 septembre, tous nos corpsd'armée, face au levant, bordaient le Rhin depuis Strasbourg jusqu'à Mayence. Celui de Bernadotte allait arriver à Wurtzbourg, où l'attendait l'armée ba^ varoise. Pas^un conscrit n'avait manqué ; on brûlait d'impatience ; le signal était donné ! Les marches, en avant, de chaque chef étaient réglées; les jours, les heures calculés selon la diversité des armes, des dislances, les difficultés du terrain et ses accidents. Ces instructions, d'un détail infini, avaient été tracées d'une main si ferme et si sûre, que toutes ces masses d'hommes, d'armes, de chevaux et de voitures d'arlillerie, de vivres et de bagages, étaient prêtes à se mouvoir, et allaient atteindre simultanément le but indiqtié , avec la plus incroyable rapidité et le plus admirable en semble .
aoO LIVRE DIX-HUITIÈME.
Le 26 septembre chaque corps d'armée allait traverser le Rhin; et, par une conversion à droite, Taile gauche en avant par Wurtzbourg , Tarmée entière , exécutant le plus vaste changement de front connu, devait, dès le 6 octobre, se trouver tout à coup en ligne, face au midi, depuis Ulm jusqu'à Ingolstadt, sur le Danube, et aussitôt le fleuve impérial être franchi à Ingolstadt,à NeubourgetàDonawerth, puisa Gaulhbourg. Dès lors la Souabe et la Bavière, Munich et Augsbourg, seraient à la fois reconquises, et Màck et l'Archiduc Ferdinand séparés des Russes et de l'Autriche , forcés de se faire tuer sur place ou de se rendre !
Ce plan est le récit prophétique delà campagne ! Il suffira dans l'avenir, quand, les siècles s'accumulant,rhisloire, pour qu'on ait le temps de la lire, sera forcée d'abréger tous les détails. C'était la même manœuvre que celle de Marengo, mais de plus près, et bien moins audacieuse ; certaine, au lieu d'être téméraire; sans Alpes à traverser ou à repasser; avec une armée triple de celle de Mack, au lieu d'une armée plus faible de moitié que celle de Mêlas, et contre un bien autre général.
Toutefois, le 26 septembre , jour de l'arrivée de Napoléon, un résultat aussi grand et aussi entier dépendait encore de l'aveuglement et de l'inaction de l'armée autrichienne, dans sa position aventurée si peu offensive et défensive , le front sur la Forêt-Noire, ses avant-gardes poussées dans les défilés de ces moatar gnes, et ne regardant que devant elle. Il s'agissait donc d'y augmenter, d'y retenir son attention, et de la détourner du grand mouvement prêt à contourner sa droite. C'est pourquoi, le 25 septembre y veille de l'ar-