‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 17 sur 257 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ce résultat, malgré les fautes que Napoléon et Saint- Çyr ont reprochées à Moreau, était glorieux; mais celte gloire était déjà dépassée de beaucoup parcelle que, avec bien moins de moyens et en Hen moins de temps ^venait d'^cqUérir en Italie le Premier ConsuL Pour lui, le jour où Moreau avait conunencé, rien n'était prêt; il n'avait pas encore d'armée, et sa présence dans Paris, pour en former une et pour tromper l'ennemi,^ était indis|)easable : ses dépêches à Berthi^Tatt^tent; il n'y a point de documents plus curieux, plus véridiques, que ces lettres confidenficelles. .

Dans l'une des premières, celle du 24 avril, il con

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jeclure le rejet deMasséna ^aiais Gènes, les treale jours de âége qu'il y peut supporter et qu'il y soutint; a II « jfaut donc, ajoute-t-îl , 'doiHier à pleân coUier 4x en Italie, )> pour profiter de sa résistance et le sou* tenir- Dès lor$ il marque Genève pour lieu de rallie* ment à l'armée de réserve , et le lac de cette YiUe comme la meilleure voie de transport pour les muni* tions de toute nature. Quant au lieu de paissage des Alpes, déjà le Saint-Gothard et le Saint-Bernard lui semblent préférables. Le 27, Use décide : c'est le Saint- Bernard qu'il franchira, afin d'être libre de descendre directement , ou sur Milan ou sur Tortone , suivant l'occurrence.

Dans la lettre précédente, son espoir de surprendre Mêlas à dos et sa joie avaient éclaté à la nouvelle <c de la sottise quef font, dit-il , les Autrichiens en « s'enfermant dans la rivière de Gênes ! » Pourtant son inquiète impatience craignait que Mêlas ne se ravisât. Huit jours , selon ses calculs , suffisaient k ce général pour remonter de Gênes à Aoste et nous fermer ce débouché, tandis que, pour être prêts à s'en emparer, il £allait trois semaines encore à notre armée dite de réserve. Alors, expédition d'ordiies et d'iifêtructions de toute espèce , levée d'hommes et de chevaux , heures de départ et d'arrivée des mnindiies détadiements, envois d'argent, d'armes, d'ustensiles et juscpi'à celui 4e deux uMMales à balles, tout enfin^car tout uiaiiic|uait, lui-^néoie prescrit H op^cmne tout En même temps il excite et enoMi* rage Berthier qu'il a envoyé sur les lieux. « Je vois <c avec peine, lui avait-il écrit de sa main en terni-

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«r nant sa dictée du 25 avril, que le séjour de Dijon â TOUS donne de ia mélancolie ; soyez gai ! » Dans les dépêches saivantes, il redouble. Génie des plus vastes projets , il en saisit à la fois lensemble et jusqu'aux plus minutieux détails ; faculté puissante qui le multiplie, qm le rend présent partout; sublime étincelle, dont le foyer est en Dieu , que nous vimes tant de fois brffler dans ce grand homme, et qui nous aide à concevoir runiversalité de la toute-puissante et suprême intelligence dont elle émane !

Maïs tant d'efforts amenaient trois résultats , dont il s'agissait de cacher au dehors l'accomplissement: la création d'une armée, la formation de ses magasins^ la présence, au point d'attaque, du Premier Consul. Ces trois faits, en dénonçant d'avance l'expédition, en devaient faire manquer le but, qu'il fallait dérober aux regards de tous. Cest pourquoi, quant k l'armée de réserve, la réunion en fut hautement annoncée dans Dijon. L'attention de Tennemi ainsi concentrée dans cette vîBe , on eut soin de n'y montrer qu'environ quatre mUle recrues, nous entre autres^ alors très-remarques par l'appd du Premier Consul , par notre nom de i^olonlaires de Bonaparte^ par un brillant uni- (brme, et par le contraste frappant de l'insignifiance de* notre foix^e numérique. Mais, en même temps que nous paradions à Dijon, les batteries s^organisaient autour de I^Fon et sur la frontière; les escadrons^ les bataâions, à demi armés et habillés, se complétaient de tout, dbemin £ûsant; ils défikûent séparéntient , sans bruit, à mardies fiOTcées, et de toutes parts^ vers Lyon et Genève.

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Quant aux magasin3 9 il était impossible de ne pas les former à portée du véritable lieu du rassenvblement; mais on fit répandre le bruit qu'ils étaient de$-^ tinés pour Toulon, menacée par Tinvasion aUtricliienne et par la flotte anglaise.

Restait le départ du Prenaier Consul, impossible à dissimuler; mais une circulaire aux préfets, en le publiant, annonça son retour à Paris dans quinze jours. Enfin, quand il lui fallut paraître à Genève, on le vit feindre d'en visiter les environs^ comme pour s'y dioisir, pour l'été, un établissement frais et commode, puis renouveler l'annonce de son retour dans la capitale, sur la fausse nouvelle d'une insurrection qu'il ac- ^ crédita.

A ces précautions se joignirent d'autres calculs. Il compta sur l'esprit de parti, sur la coutume dé toute faction vaincue au dedans, de préférer à une insupportable résignation le secours d'une invasion ennemie. Il prévit, ici surtout, l'alliance naturelle de notre ancienne aristocratie avec l'armée de l'aristocratie étrangère. Sans doute nos royalistes , dans leur empressement à appeler Mêlas en France à leur appui, lui promettraient tout; ils le tromperaient d'autant mieux sur notre situation intérieure , que, dans leur aveugle et crédule passion , ils se seraient là-deteus trompés eux-mêmes; ils montreraient donc, partout en France à ce général, nos cœurs, nos bras ouverts, qui l'attendaient , notre trésor vide , nos campagnes épuisées de recrues, nos camps déserts ; illusions dont s'enivrerait Mêlas et que confirmeraient en lui , et l'aspect du scandaleux dénûment où le Directoire

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