‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 18 sur 257 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

venait de laisser tomber notre armée de Génes^ et son propre espoir dans la faiblesse présumée du gouvernetnènt consulaire , si nouveau et sans doute encore malafTermi. <

D'ailleurs la promptitude du génie français pourrait-elle être appréciée par la lenteur allemande? Et puis l'orgueil d'une année de victoires n'éblouiraiteUe pas cet Autricbien, ainsi que l'ambition d'achever, dans Gênes, la conquête de , l'Italie, et de commencer, au travers du Var , celle de la France ?

llne circonstance favorable devait prolonger cette déeept^n. Il y avait six mois qu'une faible tentative de diversion avait été imaginée par le Directoire : c'était par le Saint-Bernard qu'on l'avait essayée. Quelques milliers de Françak s'étaient alors montrés à l'Italie dû sommet de cette montagne ; mais Mêlas ne s'yétait point mépris^ et son dédain p(Mar cette vaine démonstration l'avait rendue inutiie. Quand donc reparaitrait^ sur ce glacier, la tête de notre colonne , œ général^ aujourd'hui plus victorieux, serait-iLmoins ccmfiaiit? Non sans> doute, et^ comme tant d'autres^ se iiai^jsinrun heuroux précédei^t et voulant continuel^ lotpassé, ii s»; livi^erait à l'avenir^ sans assez: calculer le ohangknent des temps* et celui des hommes.

>rTo!utes ces suppositions se réalisèrent, £t quand soisanlie, mille Français, déjà vainqueurs par leur audace^iétaient prêts, la coalition , coimme son général, mîltepoare des efïbrts de Bonaparte, convaincue que, daris eetle<amïée^.de réserve^ tl^n'ayait pu rassembler queidbuze àqiunze* mille invalides et recrues pour les ^ouibaUrè. .: ^ r ?

M LITRE TBBI71&ME.

Ceci est la phtlœoptiîe de la graniie gneme, et ce qof en fak une science admirable; mais à ht sagaeîlë lies prévÎHons, îi faut que Faction réponde ; Toîià le génie : ici tout marcha d'accord , et le suooès cxmroaiiarœavfe!

Bientôt, le 5 mai, d'une part ramonce télégraplnqiie des premièivrs victoires de Moreau^ et d'autre part l'obstination de Mêlas au fon^d des gorges géneises et dans la rivière de<ïénes,^ ^ndiatent et oonfirment l'espoir d^u succès de Firruption qac préparre le Premier Consul. Moreau, vainqueur en Attema^ne, n'osera plus refuser son aile droite à l'armée ée réserve et aux ordres du gouvernement que hà porte ie mimstre de la guerre lui-nnême. Cet ordre formel trarnsmis, ce seeours assure, Napoléon part enfin de Paris le 6 mai. Arrivé à Dijon, où il n'a cpe des cociscrîts, il en forme une seconde armée de réserve et la destine à l'occupation de la Suisse; à Auxonne, à Dèlse et Genève, il pousse en avant et entraine tout.

On le vit pourtant s'arrêtar à D6Ie quelques mtmites : ce fut, au milieu de tant de soins, pour revoir un vieil aumônier, celui de Brienne ! Il lui devait sa première instruction religieuse. Quelques semaines plus tôt , il lui avait envoyé le brevet d'ime pension ^vec ces mote écrits de sa propre maki : « Je n'ai <c point oublié que c'est à vos sages leçons que je dois ce ma haute fortune : sans religion il n'est point <c de bonheur possible; je me recommande à vos ce prières ! » Le souvenir de cette lettre, la visite dont l'honorait un si grand homme, et qui honorait cehÂci plus encore, émurent si fort le vieux pasteur qu'il

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ne pot d'abord repcoo^e {fùe par des larmes';, msisy em le voyaoC partir, il leva les. yeux et les mains au cid^ et d'ane Yoix pro^phétique, le bénissant : a Faley pros- « pery, et régna! » s'écria-t-il. 4

A Genève^ le 8 mai, Marescat, chef da ^ énie, se pc^seate. C'est lui qui vient d'essayer le Saint-Bernard : $oa rapport en détaille tous les périls. Le Premier Coasul l'interrompt par ces seuls mots : « Peut-cm «pass^?— ^ Oui, » répoi»d le général. « £k bieB, partons ! » s* écrie Bonaparte*.

Les jours suivants, Lausanne, Vevay et le cours du haut Rhône, de Villeneuve à Martigny où les munitions sont accumulées; puis le col Major et le Val de la Drance jusqu'à Saint-Pierre, où s'enfoncent et se pressent, tête sur queue , nos colonnes, sont les derniers jakms kidicatetiirs de cette marche mémorable. Il senibieque, ici surtout, viennent dese concentrer toute ractivité, taute l'ardeur du vif et industrieux géoiede la France , excité et dirigé par Napoléon laî-méme : vivres, chanossures, vêtements, atdiers d'armuriers, de diarpentkrs, de boarreliers, pour tout c>ompléter ou réparer, s'y trouvent réunis par ses înstructioiïs oeal fois rettouvelées! Déjà les bagages, les chariots de mtiiiitions et les canons démontés pièce à pièce , sDirt, ou encaissés, ou placés sur des affûts-traînaux , daifâ des arbres creusés et sur des brancards. Les munitions sont chargées à dos de mulets. Chaque soldat porte, avec son sac et ses armes, quarante cartouches et huit jours die vivres.

Au même mcmient où se disposent ainsi ses trentecinq mille hommes, à sa gaudie^ Momcev et cpiin^e

mille soldats arrivent au pied du Simplon et du Saint- Gpthard ; à sa droite, Chabran et quatre mille honunes, et Thureau a:vec cinq mille, Fun derrière le petit Saint- Bernard, l'autre derrière le mont Genèvre et le* mont Cenis, vont s'élancer : tous attendent le signal.

Ainsi, le i6mai, sur toute cette ligne, cinquanteneuf mille hommes étaient amoncelés dans ces sombres gorges ; cachés dansFombre froide du nord, que projetaient sur eux ces glaciers, ils étaient prêts à monter à Tassa ut des Alpes !

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