CHAPITRE^ IV
porter à la division Saint-Hilaire Tordre de s'emparer piromptement de cette \ille. Je le rejoignis non loin du but, à hauteur de Markl, village qui bordait la route. Saint-Hilaire venait de faire halte au bruit du canon grondant à sa droite, incertain s'il ne devait pas tourner de ce côté; mais, sur Tordre que j'apportais, il reprenait sa marche, lorsqu'un officier de Murât, accourant de Vei'tingen, vint, au nom de ce Prince, engagé dans le combat dont nous entendions les coups, le sommer de venir à son secours.
Saint-Hilaire, homme de cœur et d'esprit, prit son parti sur-le-champ : « Vous l'entendez, me dit ce gé- « néral , il faut aller au plus pressé ; le canon comfi mande ; et , quel que soit Tordre contraire , le cas « étant imprévu, il est de principe que je réponde à a cet appel! » En même temps il fit tête de colonne à droite, sur Vertingen.
Or, comme il arrive toujours en cas pareil, il n'avait pas fait cent pas dans cette direction, que, tourmenté de la responsabilité qu'il assumait sur lui, il me demanda ce que j'en pensais. Franchement je n'en savais rien ; mais , à tout hasard , croyant devoir le ramener à l'objet de ma mission, j'insistai sur Timportance que l'Empereur y attachait. L'anxiété du général en redoubla, il s'arrêta, et s'écria que j'avais raison; puis, retournant sa colonne, il reprit la route d'Augsbourg. Ce fut alors le toUr de l'envoyé de Murât : cet officier désespéré lui représenta si énergiquement le danger du Prince , que Saint-Hilaire ému n'y put résister, et reprit une seconde fois le chemin de Vertingen.
Toutefois , en marchant ainsi , il m'interpellait : a Vous êtes attaché à TEmpereur^ me disait-il , vous (c devez connaître ses motifs. — Il ne me les a pas « confies, luîrépondis-je, mais il est évident que nous ic tournons l'armée aulrichienne, et que, Augsbourg ce étant sur la ligne d'opérations ou de reU^îte, il est a de la plus pressante importance de s*en saisir. Pour « le Prince Murât , il peut être également soutenu de a Donawerth que j'ai laissée pleine de troupes, i»
Cette réflexion le frappant, dans sa perplexité il fit halte encore; et, changeant de décision, il remit sa colonne sur le chemin de la capitale de la Souabe.
Mais alors ce maudit vent d'ouest , qui nous amenait le déluge, apportant plus distinctement le bruit de la canonnade, lui rendit son premier scrupule. Il suspendit de nouveau sa marche. « Mon Dieu, me dit-il, <c quelle situation! le canon se rapproche; m'en éloi- « gner! L'Empereur n'ignorait pas ce combat quand « vous êtes parti de Donawerth ! » Je fus obligé d'en convenir, or C'est son beau-frère, reprit-il, et je Ta- <c bandonnerais quand il m'appelle, quand il est <c écrasé peut-être ! Ah ! cela est impossible. » Et , pour la troisième fois ce brave général, se détournant avec sa colonne, se lança à travers champs, abandonnant Augsbourg pour Verlingen.
Je marchais avec lui, incertain moi-même et renonçant à le persuader, lorsqufe son chef d'état-major me fit remarquer que la nuit venait, qu'évidemment nous arriverions après coup et lorsque le combat serait décidé depuis longtemps. Là-dessus, reprenant mon avantage, j'insistai une dernière foîsj je repré-