‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 184 sur 257 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

3 ai enfin découvert un troinpelled'artUlerie, à moitié noyé dans la boue sous un caisson où il i^'était réfugié. Il était roidede froid. Kous nous sommes approchés des reiiiparls d'Dlm- On nous attentlait sans doute , car, au premier appel, M.' de la Tour, officier paih tant bien français, s'est présenté pour me conduire 51U feld-maréclial. Il m'a bandé Jes yeux et ni'a fait gravir par-dessus les fortifications. ,Vai fait observer à mon conducteur que la nuit était si noire, qu'elle rendait le bandeau bien inutile; mais il m'a objecté l'u»- ^iage, La course m'a semblé longue. J'en ai profilé pour faire causer mon guide. Mon but a été de savoir cpiels chefs éminents renfermait la ville. Je me plaignis donc de ma fatigue, et je demandai si le quartier du maréchal Mack élait loin de celui de l'Archiduc. <( Ils se touchant, » nie répondit M. de la Tour. J'en conclus que nous tenionsdansl)lm,avecle Prince, tout le reste de l'armée autrichienne. 1^ suite de la conversation meconfirma dans cetteconjeclure, que le départ de l'Archiduc, en ce moment même, rendait erronée. Nous sommes enfin arrivés dans une auberge, où demeurait le général en chef: il pouvait être alors trois heures après minuit. Ce général m'a paru grand, àjçé, pâle. L'expression de sa figura annonçait une imagination vive. Ses traits étaient tourmentés par inie anxiété qu'il cherchait à dissimuler.

Je me nommai; et, après avoir échangé quelques compliments, entrant en matière, je lui dis que je venais, de la part de l'Empereur, le sommer de se rendre, et régler avec lui les conditions de la capitulation. Ces expressions lui paynreiit însupporlables, et il neçon-

vint pas4'abojr4 de.la nécessité de le^ entendre. J'iasi^i, ea lui faiss^^t remarquer qMe,apr^. sa demande d'une SM3pep5ion d'armes , m'ayant reçu<, je devais supposer^ ainsi que FÇmp^reur, qu'iî a v£^it apprécié sa position- Mais il m*a répbndu,viyement qu'elle allait bien changer iqne l'armée rn$ses'apprpchait;, qu'elle allait le dégager; qu'elle nous mettrai)t<.en.l^e. deux feux; et que, peiit-êlre , ce serait, bientôt à nqus à capituler! Je lui répliquai : que, dans sa situation, il n'était pas surprenant, qu'il ignorât ce qui se passait en Autriche, puisque nous l'en séparions entièrement ; que, en conséquence, je dey^slui apprendre que les niarécliau;^ Davout, Bernadotte et l'armée bavaroise occupaient IngoUt^dl et Munich, et qu'ils avaient leurs avant-posles sur l'Inn, où l'ow n*ayait point encore entendu. parler ;des Ri^sses. rr— « Que je sois le

t< plusgrandj... f , s'écria le maréch^lMack tout en

« colère, si je ne sais pas, par des rapports certains, " <|ue les Russes sont à Dacha^u ! Croit-on m'abuser « ainsi? Me traite^t-on comme un enfant? Non, M. de « Ségur. Si dans huit jours je ne suis pas secp.uru, je M consens à rendre ma place, à ce que mes soldats soient « prisonniers de guerre, et leurs officiels prisonniers « sur parole,. Alors on aura eu le ten^ps de me secourir. « J'aurai satisfait à mon devoir. Mais on me secourra, ce j'en suis certain. — J'ai l'honneur 4e vous répéter, « monsieur le Maréchal, ai-je répliqué, que np"*> « sounues maîtres non-seulement dej>achau, mais de « Mimich et de la Bavière jusqu'à l'Inn. D'ailleurs, en « supposiuit vraie votre pssertion , si les Russes sont à « Dachau, cinq jours leursuflTisent pourvenîr nousatln-

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« quer, et Sa Ma^jesté vous les accorde. — Non, inon- « sieur^ re^rlïtle Mai^chàl, je demancle huit jours. tf-Je ne puis entendre aucune autre proposition.* Il « liie faut huit jours; ils sont indispensables à ma res- «^ poB^iMté ! — Ainsi, repris-je, toute la difficulté <^ consiste dans cette différence de cinq à huit jours. <c J'avoue que je ne conçois pas Timportance que Votrç « Excellence y attacha , quand Sa Majesté est devant if vous à la tête de plus décent mille hommes, etquand « les corps dés maréchaux Davout, Bernadotte et « larniée bavaroise suffisent pour retarder, de ces trois « jours, la marche des Russes, même en les supposant « où ils sont bien loin d'être encore ! — Ils sont à Da- « chau ! répéta le Maréchal . — Eh bien , soit ! monsieur « le Baronyme suis-je écrié, et même à Âugsbourg! a Nous çn sommes, alors, d'autant plus pressés .de <i terminer avec vous ! Ne nous forcez donc pas d'em- <c porter Ulm d assaut , car alors, au lieu de cinq jours « d'attente, l'Empereur y serait dans quelques heures ! ft — Ah! Monsieur, m'a répliqué le général en chef, c( ne pensez pas que quinze mille hommes se laissent « forcer si facilement. Il vous en coûterait cher! — « Quelques centaines d'hommes, lui répondis-je; et à « vous, votre armée et la destruction d'Ulm que TAlle- « magne vous reprocherait ; enfin tous les malheurs « d'un assaut que Sa Majesté veut prévenir par la pro- « position qu'elle m'a chargé de vous apporter. — Di- « tes, s'écria le Maréchal, qu'il vous en coûterait dix « mille hommes! la force d'Ulm est assez connue! — « Elle consiste, ai-je repris, dans les hauteurs qui Ten- « vi]ronnent, et nous les occupons ! — Allonsdorlc, mon-

« sieur, m a-t-il répondu, il est impossible que vous ne <f connaissiez pas la force d*tllm ! — Sans doute, ai-je «répliqué, et d'autant mieux que nous voyons de- « dans ! — Eh bien ! Monsieur, m'a dit alors ce malheucc reux général , vous y voyez des hommes prêts à se dé- (c fendrejusqu'à la dernière extrémité, si votre Empe- « reur ne leur accorde pas huit jours4 Je tiendrai (c longtemps ici. Il y a dan$ Ulm trois mille chevaux, « et plutôt que de nous rendre nous les mangerons « avec autant de plaisir que vous le feriez à notre « place. — Vos chevaux! ai-je répondu; ah! mon- « sieur le Maréchal, la disette que vous devez éprou- « ver est donc déjà bien grande, puisque vous songez « à une aussi triste ressource ! »

Le maréchal se hâta de m'affirfner qu'il avait pour dix jours de vivres, mais je n'en ai rien cru. Le jour commençait à poindre; nous n'avancions pas; je pouvais accorder six jours, mais le baron en voidait si obstinément huit , que j'ai jugé cette Concession d'un jour inutile : je ne Tai point risquée. Je me suis donc levé en imaginant de lui dire que mes instnictions m'ordonnaient d'être revenu avant le jour, et en cas de refus, de transmettre, en passant, au maréchal Ncy, l'ordre de commencer l'attaque. Ici le générai Mack s'est plaint de la violence du maréchal envers l'un de ses parlementaires qu'il n'avait point voulu écouter. J'en ai profité pour ajouter que, en eflRet , le caractère de ce maréchal était bouillant, impétueux,! impossible à contenir; qu'il comnKindait le corps lej plus noml)reux , le plus rapproché ; qu'il attendaij impatiemment Tordre de donner l'assaut, et que c'étaj

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