CHAPITRE VU
. AJUisi, pendant que, à notre gauche et surtout à notre diroite reculée au fond d'un vallon , où Tennemi s avance et s'enfonce, on résistera, une formidable attaque sur le plateau élevé du centre, où Tarmée alliée, en se prolongeant vers sa gauche, nous présente un front affaibli , l'envahira. Les deux ailes ennemies se trouveront soudainement séparées par ce coup de guerre. Dès lors Tune, attaquée en face et débordée par notre victoire sur le centre, devra céder; tandis que l'autre, trop avancée, tournée,, dominée par cette même victoire centrale^ et cernée 'contre les lacs, dans ce coupe-gorge où elle s'est aventurée , y sera écrasée ou prise. Voilà la bataille , telle qu'elle fut conçue et exécutée!
L'Empereur, après avoir donné ses instructions à ses maréchaux, dit à chacun d'eux : <( Allez! » £t chacun successivement, la tête haute, le regard animé, et en lui faisant le salut militaire, partit aussitôt. Quand il en fut à Bernadotte, l'accent de sa voix devint remarquablement plus sec et plus impérieux; et comme, peu d'instants ^près, les deux divisions de ce maréchal se portaient au point d'attaque, lui-même les harangua. La proclamation de la veille avait été lue à la flamme des bivouacs , il ajouta : « Que, dans ce jour, il fallait confondre l'orc< gueil russe , et terminer la guerre par un coup de « foudre! »
En ce moment de sombres vapeurs que le solei!^ soulevait, et qui en interceptaient les premiers rayons, semblèrent aux Russes favoriser leur mou-^ vement de flanc, en avant à gauche; mais, tout aur
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conifaire, elles voilaient notre attaque, prête à surprendre en flagrant délit cette imprudente et folle manoeuvre.
Déjà , sur notre ligne oblique , à notre droite en arrière et refusée , leur attaque avait commence, de Telnitz à Sokolnitz , vers les bas-fonds des lacs , où tous, à Venvi l'un de Taulre , descendaient et s'accumulaient, nous assaillant du fort au fail)le. Il n'était pas huit heures ; le silence et l'obscurité régnaient encore sur le reste de la ligne , quand soudainement , et xl'abord sur les hauteurs , le soleil, dissipant ce brouillard épais, nous montra le plateau de Pratzen, qui se dégarnissait de pluî^ en plus par la marche de flanc des colonnes ennemies. Quant à nous, restés dans le ravin qui marque le pied de ce plateau , la fumée des bivouacs et les vapeurs , plus lourdes sur ce point résistant encore, dérobaient aux yeux des Russes notre centre ployé en colonnes et prêt à les attaquer.
A cet aspect , le maréchal Soult , que l'Empereur avait gardé le dernier près de lui, voulut courir à ses divisions et leur donner le signal ; mais Napoléon plus calme , laissant l'ennemi achever sa faute , le retint encore ; il lui montra Pratzen : a Combien vous faut- <i il de temps, lui dit-il, pour couronner ce som- « met? — Dix minutes, répondit le maréchal. — a Partez donc , reprit l'Empereur ; mais vous attende drez encore un quart d'heure, et alors il sera (c temps! »
Le moment venu , les divisions Vandamme et Saint" lUlaire , s'élançant hors du brouillard qui les enveloppait, apparurent soudainement. Il était huit heiures.