‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 213 sur 257 · CHAPITRE YIÏl. 47a · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIÏl. 47a

d'Aulriclie, qu'il prit par la main et conduisit à son bhouac. Quelque trouble agitait à peine Textérieur peu animé de cet Empereur. En descendant de voilure il ne s'aperçut pas d'un premier mouvement de Napoléon que je crus prêt à l'embrasser, mais qui se contint, comme s'il eût été soudainement glacé, dans un instant si solennel, par l'air froid et inexpressif de ce Monarque. Il me fut même impossible de saisir dans les yeux de François II, un seul regard de curiosité qui eût été si naturel dans une première entrevue avec un aussi grand homme!

Ses premières paroles, cependant , furent convenables : « Il espérait, dit-il, que notre Empereur appré- <f cterait la démarche qu'il venait faire pour .accé • « lérer la paix générale. » Mais aussitôt^ et avec un rire singulier et forcé sans doute, il ajouta : « Eh ( bien! vous voulez donc me dépouiller, m'enlever (c mes Etals? » Sur quelques mots de Napoléon, il répliqua : ce Les Anglais! ah, ce sont des marchands de a chair humaine! » Nous n'entendîmes pas le reste, étant demeurés sur la route, avec les officiers autrichiens, à dix pas des deux Monarques et du Prince de Lichtenstein seul admis à cette conférence. Mais il nous fut facile de voir que ce fut surtout Lichtenslein qui soutint la discussion.

L'entrevue se passa debout, elle dura une heure. Nous crûmes entendre alors François II s'écrier : ce AHons, c'est donc une affaire arrangée! Ce n'est « que depuis ce matin que je suis libre! J'ai dit à « FEmpereur de Russie que je voulais vous ^oir; il « m'a répondu qu'il m'en laissait maître. » D'autres

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éclats de rire de ce Prince nous surprirent encore; ils étaient entremêlés de plaintes sur des |^lages de Cosaques dans une ferme qu'il affectionnait particulièrement. Peut-être entendîmes-nous maF; mais nous éprouvâmes un sentiment pénible à Toir ce Monarque, au milieu des désastres de son Empire, paraître si préoccupé d'un aussi minutieux détail. Les dernières paroles de Napoléon furent : « Ainsi, Votre Majesté « me promet de ne plus recommencer la guerre ? » François II répondit : « Qu'il le jurait et tiendrait pâte rôle ! » Sur quoi les deux Empereurs s'embrassant, se séparèrent.

En remontant à cheval Napoléon nous dit : «Nous « allons revoir Paris, la paix est faite! » Teutefois, pendant son retour à Austeriitz, après avoir réexpédié Savary aux deux Empereurs, il parut soucieux et préoccupé de ce qu'il venait de voir. Quelques expressions pleines d'amertume lui échappèrent j U ajouta : « Qu'il était impossible de se fier à ces promesses! « Qu^on venait de lui donner tme leçon qu'il n'ou- <( blierait pas ; et que désormais il aurait toujours i< sous les armes quatre cent mifte homniek ! <

J'ignore quelle était l'opinion <jue Napolé^WiiVeniiit de concevoir de François 11^ mais, U faut le dire, < ce iPrince était estimé de ses sujets; ife' accordaient des lumières à son es{)rit, dé là ferniété à S6ri caraotcre, il en était aimé ; je dois même ajotiter que cè«X' (J^i parmi nous l'avaient connu, ne pa^tagèi'eht ^s l'opinion peu favorable que cette eiitTevti*, pôw W sans doute pénible et embarrassante, nous avait laissée.

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Vers deux heures Napoléon était revenu à Auslerlitz. Ce fM alors que, reoierciantpieu^t son armée, il ordonna que des actions de grâces fussent adressées au Ciel danâ toutes les églises de son empire. Il avait dicté la veille, d'un seul jet et de Tune de ses inspirations les plus éloquentes, cette proclauiation célèbre dont leâ premiers mots furent : « Soldats, je suis concc i^rif de VÔU&! » Penda,nt les jours suivants TefFusion dé ce sentiment ne cessa de se répandre dans ses regards, dans ses paroles, dans ses bulletins et dans la munificence des décrets redoublés, par lesquels il se plut à consacrer sa reconnaissance pour le dévouement de tant de braves!

De soîi côté rarmée, fière de lui, d|elle-méme et de sa victoire qu'elle appelait : bataille de VÀrmh'er' saire y bataille du Couronnement^ bataille des Trois Empereurs , l'entourait d'amour et d'enthousiasme ! La plupart des décfets datés de Brunn avaient été conçus à Austerlitz pendant les quatre jours qu'il y demeura. Par l'un, le prix de tous les magasins tombés en notre pouvoir et cent millions de contributions de guerre durent gratifier l'armée victorieuse. Un autre assura, par des pensions généreuses, le sort des veuves de ceux qui venaient de succomber. Un troisième ordonna que leurs orphelins fussent entreténus, élevés, mariés et placés aux frais de l'État. Napoléon voulut qu'ils eussent le droit de joindre à leurs noms de baptême celui de leur Empereur. Il avait dit bien plus, mais avec moins de mesure, quand le lendemain de la bataille il laissa jaillir de ses transports de joie ces paroles remarquables : « Sol-

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dats! VOUS avez conquis la paix 5 vous allez revoir la France ! Donnez mon nom à vos enfants, je vous le permets ; et si parmi eux il s'en trouve un digne de nous, je lui lègue tous mes biens et je le nomme

mon successeur! »

Le 5 décembre, lendemain de l'entrevue, Savary fut admis à Holitch, avant le jour, près d'Alexandre. Davout, alors renforcé, n'avait qu'un pas à faire pour achever ces vaincus dans leur désordre. Depuis la veille un bitlet du Ca^ar, lui annonçant l'ara^istice, l'avait arrêté. Savary promit à ce Prince de suspendre l'attaque du maréchal ; il y mit pour condition le retour immédiat en Russie des restes de l'armée russe par journées d'étapes. 11 en dicta l'itinéraire ! A quoi l'Empereur Alexandre sou&wrivit sans hésiter.

Le 6 décembre l'armistice, convenu l'avant-veiBe avec l'Autriche , fot signé par Napoléon à Austerlitz.

L'Ejupcreup élait arrivé le 3 dans ce château ; il en partit pour Brufin le 7 décembre. Dès le lendemaiB 8, des cantonnements de guerre, avec toutes les précautions convenables dktns une position aussi lointaine, furent assignés à tous ks corps. Les prisonniers russes, au nombre de plus de vingt mille, fm^nt dirigés par Vienne sur la France. Ce triomphe au travers de h capitale ennemie plut à l'Empereur ; il le crut utile : cela confirma l'étendue d'une défaite dont le récit paraissait encore invraisemblable.

Ge jour-là même on le vit généreux dans la joie de sa victoire : Repnin,run des généraux d'Alexandre, lui ayant été amené, il renvoya Ubre ce prisonnier à

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