‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 222 sur 257 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Cela fut heureux, d'autant plus que, en débouchant dans la plaine, lorsqu'on avait songé à y déployer nos cinq mille chevaux, on les avait appelés vainement; nous avions un si .singulier chef d'État-Major, qu'il ne s'aperçut qu'en ce moment qu'il avait oublié notre cavalerie à Rome !

Capoue est une ville forte. L'accord conclu, Masséna, le Prince et l'Elat-Major, en télé de colonne, se présentèrent pour franchir le pont du Vulturne et entrer dans cette forteresse dont les portes nous étaient ouvertes. Nous nous engagions dans ce défilé lorsqu'on remarqua, sur notre droite, le drapeau napolitain flottant sur la citadelle , ses canons braqués sur le pont, les canonniers à leurs pièces mèches allumées, et sur le rempart la garnison, les armes prêtes comme pour résister à une attaque. Il eût suffi d'un signal et d'une seconde pour écraser toute la tête de notre armée! Surpris d'une attitude aussi menaçante, on m'envoya vers ce fort à toute bride. Les pauvres gens, bien loin d'aucune intention hostile, étaient là comme des automates, ne voulant pas se défendre et ne sachant pas se rendre ! Immobiles à leur poste , ils se laissèrent arracher, les soldats leurs fusils, les canonniers leurs mèches toutes fuman tes ; ce fut avec la même résignation qu'ils me virent abattre leur drapeau, tandis que, dans la cour, leurs prisonniers algériens continuaient leurs ablutions, sans faire la moindre attention à cet événement, car c'était l'heure de la prière.

Le i4 février j8o6, Naples à son tour,. ses forts, deux cents canons et deux cent cinquante milliers de poudre nous furent abandonnés. Les lazzaroni, seuls

mécontents, furent désarmés. Le golfe-nous livra une frégate, une corvette, une flottille napolitaines, richement chargées; et, le 1 5, le Prince Joseph prit, comme Lieutenant de l'Empereur, possession de cette capitale^ aux acclamations des nobles et des bourgeois, délivrés du gouvernement détesté de la Reine Caroline.

Naples conquise, ce fut le vide du trésor qui donna le plus d'embarras. La Reine avait tout enlevé : l'argent de la banque, celui des impôts exigé d'avance ^ et jusqu'aux meubles et aux plombs de ses palais! Commenta la fois surimposer un peuple ainsi épuisé et se rendre populaire? Il eût fallu entrer, dans ce Royaume appauvri , avec autant de millions que de baïonnettes, et tout au contraire il était dû à notre armée jusqu'à quatre mois de solde ! L'Empereur répondit aux plaintes de son frère : « Qu'il l'avait ence voyé conquérir un Royaume et non l'acheter; que « sans doute on ne faisait rien sans argent , mais que « c'était aux vaincus et non aux vainqueurs a en don- K ner; qu'il s'y prenait trop mollement; que, pour « son aisance et son autorité à venir, des trois pre- « miers mois de son administration dépendrait le reste ; « qu'on ne gagnait pas les peuples en les cajolant; (f qu'il fallait donc, avant de régner, donner vigou- « reusement sa mesure, commencer par se faire crainte dre, et quand on n'était encore que conquérant user « des droits et recueillir les fruits de la conquête : « comme, par exemple, mettre trente millions de con- « tributions de guerre, saisir les biens des couvents, « et confisquer, au profit de son trésor et des siens, '( les fiefs des récalcitrants que leur émigration lui

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