CHAPITRE IV
valet de chambre, Joseph Legrand, le sauva en le portant sur ses épaules jusqu'à Bianca , lieu où vient ce même colon jaune de Tlnde dont on fabrique le nankin. Ce village, témérairement situé dans la plaine et à portée de la mer, contre l'usage du pays, était dépeuplé de sa jeunesse des deux sexes, tout récemment enlevée par les Barbaresques.
Après une courte halte nous en repartîmes pour Gerace. Nous espérions pouvoir contempler, en passant le Merico ou le Tradito , les restes de Locres ! de Locres, retraite d'Ajax, patrie de Timée, ville de Zaleucus, et l'une des plus renommées de la Grande- Grèce ! Mais nous n'en trouvâmes de débris que quelques colonnes grossièrement entassées dans l'église de Gerace ; pauvre cité bouleversée par le dernier tremblement de terre; bâtie en amphithéâtre, avec les ruines de cette grande antiquité , sur une arête élevée de l'Apennin. Elle n'a rien de remarquable que ses vins liquoreux d'une bonne conservation.
Le lendemain un gîte aérien, espèce de perchoir, nous arrêta : c'était Monasteraccio, ville du moyen âge, comme SquîUace, comme aussi Catanzaro, que nous atteignîmes en six heures le surlendemain, et où nous séjournâmes.
Cette capitale de la Calabre Ultérieure , située au «ommet d'une pente fatigante, qu'il faut trois quarts d'heure pour gravir, est sans vin et sans eau potable. Elle renferme d'assez belles femmes, et environ dix mille habitants, trop fiers de quelque peu de mau< vaise huile et de la soie dure, péniblement manufacturée, dont son pauvre commerce se compose •
Pendant le séjour du Roi, ils ne manquèrent pas de Finviter à escalader une hauteur qu'on remarque à Fouest de leur cité. De là, en effet, le regard peut à la fois jouir de la vue des deux golfes de Saînte-Euphéinie et de Squillace, où se rapprochent, des deux côtés de Fltalie, les mers Tyrrhénienne et Ionienne. Ce spectacle frappa le Prince; et, soit inspiration, soit imitation du génie de Napoléon, il conçut la grande pensée d'achever Fœuvre de la nature, de trancher FApennin à cet étranglement entre les deux mers, et de les réunir par un canal. Toutefois, le lendemain aS avril , déjà refroidi , ou peut-être en attendant que cette utopie pût s'accomplir, il me donna l'ordre d'aller remonter le Corace, de descendre FAmato, et de tracer, dans cette direction, une route militaire voiturable, au travers de la montagne : ainsi du moins commencerait la jonction des mers Tyrrhénienne et Ionienne!
Accoutumé à l'exécution rapide des ordres de l'Empereur, j'obéis et, le soir même, je rapportai le résultat de cette reconnaissance. Les développements en seraient ici bien superflus. Je dirai seulement que, pour la réalisation de cette œuvre , quelques travaux d'art, dix mille journées, et quatre cent mille francs, me parurent devoir sufïïre; que la Casa-del-Corace, le village de Marcellinara, de treize cents âmes, où cette route surmonterait le sommet le plus affaissé de l'Apennin, puis l'église de la Dolorata, sur le versant opposé, en devaient marquer la trace; que, dans la première partie, on laisserait, à un et deux milles à droite, Galiano et Settingiano, villages de huit cents habitants; qu'enfin, de Catanzaro, à cheval et en sept heures, le