‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 237 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« Là encore , dans leurs villes même les plus populeuses, ils se redoutent entre eux ; et, quand après le coucher de leur beau soleil les riches vont se visiter, ils se plaignent d'être forcés, dans ce court trajet d'un quartier à l'autre , de payer une escorte pour les défendre.

tf De là l'inculture de ce riche pays, le paysan perdant la plus grande partie de sa journée et de ses forces à descendre de son rocher, à gagner ses champs et à remonter dans sa demeure. De là encore des épidémies fréquentes, nées de l'entassement des populations sur ces pics, de la saleté des habitations, de l'infection de ces rues étroites, remplies d'animaux immondes et des immondices qui s'y accumulent. Ajoutez à cette cause de dépopulation , la rareté et la mauvaise qualité de l'eau stagnante des citernes, les émanations des marécages environnants , enfin une nourriture ou froide ou malsaine , dont le fond habituel se compose de fruits , de melons , et de la viande des nombreux pourceaux , commensaux de ces misérables demeures.

a A une situation si déplorable s'il faut assigner des causes premières, que l'on s'en prenne surtout à deux espèces de fléaux : fléaux de la main de Dieu, tels que les terribles tremblements de terre de 1 638 et de 1 783, mais ce sont les moindres; fléaux de mains d'hommes, et voilà les pires, tels que l'inégalité trop absolue des fortunes, les uns possédant tout et les autres rien; Finhabitation, dans leurs terres , des plus riches seigneiu^, qui en dissipent ailleurs tous les revenus sans rien entretenir ni améliorer ; en un mot, tous les abus, toutes les oppressions des habitudes féodales dégéné-

réesen habitudes de courtisans ! De plus une justice partiale qui ne pèse que sur le pauvre et le faible, d'où vient qu'on ne voit partout que des prisonniers pour dettes ; enfin , et par-dessus tout, l'ignorante incurie d'un gouvernement qui , de temps immémoriaux, n'a jamais su ni administrer, ni civiliser ses sujets, ni les protéger les uns contre les autres , ni les défendre contre les continuelles incursions des Barbaresques. »

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