CHAPITRE V
quable. Mais d'abord, pour y arriver en remontant les cours du Bradano et du Basiento , et en passant de l'un à l'autre de ces deux fleuves , plus nous nous étions enfoncés dans ces montagnes, plus nous avions usé de précautions. Non pas que, dans le cas d'une révolte des habitants , nous eussions cru assurer notre salut , il n'y en jurait point eu à espérer, mais du moins pour ne pas succomber sans nous défendre. Chemin faisant donc, lorsque, au nombre de six seulement, y compris Joseph Legrand, mon fidèle valet de chambre, nous étions près d'aborder ces populations de plusieurs milliers d'àmes, l'un de nous jeté en avant servait d'épreuve pour en sonder les dispositions ; parfois aussi , nous présentant inopinéAient au milieu d'elles , pour ne pas leur laisser le temps de se concerter, nous affections la confiance la plus entière ; mais alors, forcés de mettre pied à terre pour prendre langue, nous substanter et rafraîchir nos chevaux, nous nous distribuions les rôles : l'un circulait dans la ville pour observer, tandis que les cinq autres, réunis et enfermés dans la maison la plus apparente, une oreille à leurs interlocuteurs, qu'ils regardaient mentalement comme des otages, et l'autre aux aguets, se tenaient prêts li tout hasard.
Ces précautions furent inutiles. A Tolvé seulement, ' l'attitude farouche des habitants nous donna de vives inquiétudes. Quant à Potenza , lorsque nous en approchâmes en plein jour, l'aspect , les abords redoutables de cette ville, le silence qui l'environnait, nous inspirèrent quelques appréhensions. D'où venait cette solitude? Nous attendait-on sous les armes? Nous
hri LIVRE VINGTIpME.
écoi|ti6n& en y moaU^nt, croyant, à chaque pas, que le sifflemant de quelques balles nous expliquerait cette atÈitude; mais ces craif^tes se trouvèrent vaines. On nqus reçut à bra? ouverts; nous y troiivâmes bon vin , bonne taille et bons lits, des gens instruits, tous les renseignements désirables , en% le plus obligeant accueil.
Complçteinent, raturés nous n'eûmes plus de défiance que loJcs dupe visite dans un couvent haut situé , d'où nous voulions reconnaître d'un coup d'œil Jous les alentours. Nous ne pouvions nous croire là en pays anai ; aussi,, lorsque, conduits par l'un des^ moines dans les o^gîcurs et longs détours d'un passage étroit pratiqué dans l'épaisseur de ces vieux murs,, notre ^u^de ,. soit ni^lice pu inadvertajiçe , disparaissant nousy ei^t abandonnés,, j'avoue qu'ajors le sou-^ venir de3 c)bâte^^x d'Anne Radçliffe nous revint à la mémoire, et qu'un instant nous nous crûmes pris dans quelque piège ^mafe l'odeur fort nauséabonde que, en s'écïipsîint , le moine échauffé layait laissée d^ns ce l^yrinthe , nous mit sur la voie; nous le rejoignîmes à la piste, jen riant de bon coeur, et nous achevâmes sans accident plus sériieux notre reconnaissance.
J'ai dit que la position de Potenza nous parut unique. Qu'on se fîgiiirç, en remqnt^nt le yal de plus en plus resserré du Bo^iento, et^ ïa so?rtie d'une gorge étroite, 1^ vue inppi^e d'un joli, vallon enyijronné, de toutes paiTts, d'abnipte^, de.hautei^ niontagi^es toutes noires de forêts superbes, Oi val profpnd, qui sea4>l^ sans issues ta,nt elfes sont étroites, offre au preniier qo^ip dœil l'aspçiçt d'un parfait ovale. La longueur en est