‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 242 sur 257 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'environ dix mille pas, la largeur, de qualre à cinq mille. Juste au milieu de cet ovale, et comme l'amande au milieu de son ùlvéble, s'élève, au-dessus du fond de ce bassin, brusquement et presque à pic, un tertre de forme toute pareille, .et entîèirement isolé. Long de quelques cents toises il est lairge, àî>on centre, d'environ soixante et dix toises. Potenza en couvre le faîte, n n'est rigoureusement accessible qu'à Sies deux extrémités, par où le grand chèniin, montant et redescendant en zigzags, traverse cette Ville, de sept à huit mille habitants, dans toute sa longueur et en ressort par le côté opposé. Partout ailleurs les murailles des maisons bordent les deux crêtes allongées du pourtour de cet escarpement ; elles s'y ajoutent, elles lés couronnent, et, dominant de toutes parts le fond du vallon, elles rendent l'abord de ce tertre, de ce noyau isolé et si peuplé, presque inabordable.

A la sorlîe de cette ville et de son vallon il fallut monter une gorge étroite, hérissée de chênes et de grands sapiiis. Ce défilé passait pour être un repaire de brigands si dangereux, que nos hôtes voulurent nous escorter; mais nous refusâmes, jugeant convenable de montrer une confiance doM nous n'eûmes pointa nous repentir. Biéttiôt i^ooà atteignîmes La Auletta et là grande route dé Salerne à Nàples, où nous devions retrouver le Prince. >

Telle fut, pour Clei^mont-Tônnerre et pour moi, la fin de notre voyage dans l'atitiqueGraride-Grèce, jadis si florissante, et aujbufd'hiii si complètement déchue. Malgré Torguéil de notre civilisation et de notre gloire guerrière, tant de ruines d'une gloire autrefois seib-

blable nous avaient découragés. Ainsi tout passe, et les siècles s'entassent ensevelis, les uns par les autres, sous leurs débris! Nous le savons, et cependant, successivement arrivées sur l'abîme où tout s'engloutit, les générations travaillent sans cesse; elles fondent, chacune à leur tour, sur la poussière du passé, en vue d'un avenir qui n'épargne rien ! Un opiniâtre instinct d'éternité l'emporte en nous sm* cette triste convielion du néant de tant d'efforts. Tout n'est-il donc qu'erreur et déception? Lequel* des deux, ou de cet instinct qui excite, ou de cette réflexion qui décourage, est vérité? Qui de nous se trompe le moins, ou de la masse ignorante et insouciantç qui ne vit qu'au jour le jour, ou de ces esprits que nous croyons d'élite et qui ne vivent qu'en vue de cet avenir si destructeur, comme s'ils devaient y trouver l'immortalité?

Mais non , cet instinct d'immortalité, qui survit à tout, n'est point trompeur; et tant de travaux inspirés à l'homme n'ont point été perdus, comme il le semble à notre vue, trop courte poiur saisir le vaste ensemble des choses humaines ! Croyons en cette civilisation, toujours en progrès au travers des bouleversements de tant de siècles ! Croyons que chacun des moindres efforts, de toute nature, du genre humain, n'est point inutile à ce laborieux enfantement, à ce perfectionnement continu de l'esprit qui se développe, s'étend toujours, et domine de plus en plusia matière, en dépit de ses résistances et de ses révoltes.

J'en atteste, au travers de ses cataclysmes^ la marche mystérieuse et ascendante de ce monde, où ne régna

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