CHAPITRE VUJ
quand ce Prince, me devioant, redoubla ma perplexité par une of&e pleine de bonté et la plus flatteuse. Il me pria de ne point le quitter, et d'accepter, avec d'autres avantages, la place d'aide de camp près de sa personne. Interdit, je balbutiai quelques expressions d'une ' reconnaissance qui n'ébranlait nullement ma détermination première , quel que fut le charme des qualités vraiment rares, d'esprit et de cœur, de ce Monarque .i Décidé à retourner près de l'Empereur, je dirai seulement que le service intime près d'un grand homme gâte) et rend tout emploi semblable impossible auf^ès d'un autre homme!
Plus résolu, mais plusf empédié que jamais, je courus donc prier M. de Jàucomt de > me servir d'intermédiaire j- ^ de me tirei' sur-^le-^champ d'une position qui m'était insupportable. Le Roi aussîlôt me rappela ; il mie combla de bontés nouvelles, et ne s'opposa plus à mon départ; mais voulant en profiter/ il entra longuement, avec moi, dans tofus les détails de sa position, qu'il me chargea d'expliquer, sans déguisement, à l'Empereur. '
Ces détails sont d'une telle nature quant aux personnes, qu'il me répugne ici de les repi*oduire. On sait trop qu'alors ce Roi n'était guère plus mallare dé sqn armée que de son Royaume, où la révolte des Galabres avait peut-être été autant provoqué^ par nousmêmes que par l'ennemi. San» doiiite l'inhabitude du commandement et la douceur de ce Prince nuisaient à son autorité, quel qu'eût été le choix distingué de ses ministres ; mais aux difficultés qui surgissaient de ses jdéfauts, de ses qualités même, delà configu-
IhS LIVRE ymaiiÈME.
Iration douce, sage et bienfaisante^ autant qu'aux foreurs de la Reine Caroline.
Quant au choix d'un nouveau chef d!Étatf Major, il s'excusait de ne pas préférer Saint-Cyr, trop absolu sans doute pour lui plaire; c'était Régnier qu'il demandait ; il le jugeait vplus propre à concevoir qu'à exécuter des plans de guerre, plans que ce Prinœ s'avouait inhabile à imaginer, mlais entre lesquels il se réservait le choix, ce dont il se croyait capable.
Alors, passant en revue les défauts et les qualité de ses ministres, il suppliait l'Empereur de lui accorder promptement le sénateur Rœderer popr ministre des finances. C'était son ami. Un Français seul d'ailleurs pouvait établir, dans ce pays féodal encore, l'égalité de l'impôt sur toutes les classes.
« Quant à ***, me dit-il, il est bien où il est, quoî- « qu'il y fasse, je ne l'ignore pas, des pr'ofits immen- « ses. 11 s'y fait craindre. Mais lui aux finances, c'est « impossible. Son penchant l'emporterait sur son dé- « vouement ; c'est plus fort que lui ; je le connais sous « ces deux rapports : cet homme-là m'est dévoué, il « me prêterait dix millions dans l'occasion, mab il me « les aurait volés la veille ! »
Il n'y avait de juste, dans cette opinion, que sa der^ nière partie; mais, comme tous les autres, ce Roi se plaisait à proire au dévouement à sa personne ; qualité première aux yeux des Princes, et en faveur de laquelle ils pardonnent tout le reste.
« Mon frère, continua-t-il, lui reproche d'avoir été a sanguinaire ; pourtant je suis plus sûr de lui qu'il « ne peut l'être de ***...., scélérat qui ne le sert que