CHAPITRE IX
et se3 côtés, plqs en arrière encore, en quatrième échelon, on voyait déboucher de San-Juliano Desaix et ses trois denÛThrigades ; celle du centre était déployée derrière les deux autres formées en colonnes; Marmont à leur droite, avec dix-huit pièces d'artiUerie, se tenait prêt à soutenir l'attaque; enfin , par delà la grande route , en cinquième échelon , entre San-Juliano et Sottile, k notre extrêngie gauche et le plus en arrière de tous , Victor, hors de combat , s'efforçait de remettre en ordre ses deux divisions démoralisées.
De son côté Zach s'était décidé à en finir, à forcer noire gauche, à la déposter de la grande route, seule voie de retraite des deux armées, pendant que, en arrière à sa gauche, le reste de sa ligne maintiendrait le reste de la nôtre dans la plaine. Il venait en consé- <iuence de former en face de San-Juliano, une colonne d'attaque formidable : artillerie, cavalerie, cinq mille grenadiers, rien n'y manquait; et il s'avançait, en tête de cette longue et épaisse masse, à l'attaque de ce village. L'instant décisif était venu. Desaix se rapprochant du Premier Consul, lui demanda ses derniers ordres; et, avant de commencer, parcourut avec lui le front de ses trois demi-brigades. En ce moment, les feux de lartillerie ennemie redoublant, Bona-. parte aperçut quelques recrues du 3o® régiment qui baissaient leurs têtes sous le sifflement des boulets , <îomme le font les conscrits à ces bruits de guerre nouveaux pour eux. « Que faites-vous là? leur cria- « t-il ; regardez-moi , me voyez- vous donc ployer « ainsi? Allons, soldats, la tête haute! et sachez re- <f garder l'ennemi en. face ! »
Alors, quittant Desaix qu'il ne devait plus revoir v^ vant, il courut au travers des feux sur tout le front de notre ligne; et, la tête haute lui-même, le regard en feu, il enflamma chacun de ces corps des accents brefs et serrés de sa voix impérieuse. On a retenu entre autres, ces vives et courtes paroles : « Soldats ! notre heure <( est venue! C'est assez reculer; marchons en avant l a Vous le savez, je couche toujours sur le champ de ce la bataille 1 »
Un choc terrible était prêt : il était au moins six heures. La colonne ennemie, pleine de confiance, s'avançait : elle allait aborder San-Juliano, quand Desaix en sortit au-devant d'elle. Au même instant, et sur son flanc, Marmont fit pointer les pièces de sa gauche ; leur mitraille , soutenue par la fusillade de Desaix ^ éclata à bout portant. Foudroyée par cette décharge effroyable et inattendue, la colonne d'attaque ennemie s'arrêta pour y répondre ; et Desaix, le premier atteint, tomba frappé mortellement au cœur par une balle ! Son aide de camp, voyant sa tête s'affaisser soudainement sur le col de son cheval , se précipita du sien en s' écriant : « Mon général, vous êtes blesse ! ce — Mort! » répondit sourdement Desaix : et il acheva , déjà sans vie , de tomber à terre !
A cette vue , car il était en tête , l'ardeur de se& soldats se changea en fureur : ils se ruèrent sur l'ennemi à la baïonnette. En même temps, comme la colonne d'attaque autrichienne, en s'avançantsurnotre échelon le plus refusé , avait prêté le flanc gauche aux échelons voisins, restés plus avant à droite dans la plaine , la cavalerie de Kelleriqann en sortit par les