‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 37 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

le ministre Tluigut venait de condure avec tes Anglais ia reprise de la guerre. De là cette signature, par Saint- Jullien, d'une paix fictive, aussitôt désavouée par son Empereur, sous prétexte qu'elle devait être commune à l'Angleterre. Alors surtout la modération pacifique de Napoléon se montrera dans ses propositions réitérées d'armistices de mer et de terre. Les premières indiquaient, il est vrai, la volonté de conserver Malte et l'Egypte sbit pour toujours, soit comme gages d'une paix universelle. Elles furent successivement repoussées par l'Angleterre, qui, tout au contraire, faisait bloquer ces deux conquêtes, entraînait dans sa cause le Portugal, insurgeait contre nous la Toscane, y préparait une descente, appelait l'armée de Naples sur nos derrières, et s'efforçait de ressusciter la Vendée et de s'emparer du Ferrol et dé Cadix.

Au milieu de cette lutte diplomatique et de cet acharnement britannique, qu'expliquent les regrets, l'espoir de l'Autriche et la politique intéressée de l'Angleterre, on comprendra la détermination du Premier Consul, quand, désespérant d'obtenir, de l'armistice proposé, ou la paix ou la possibilité d'approvisionner Malte et de» renforcer son armée d'Egypte , il n'a plus de recours que dans la guerre. De là , l'expédition projetée contre le Portugal; la compression de la Toscane, celle de la Suisse, où l'anarchie succombe par la déclaration que la France n'y reconnaît plus que le pouvoir du Conseil exécutif; et enfin la dénonciation des armistices de Parsdorff et d'Alexandrie ; d'où résultent le renvoi de Thugut , le choix de Cobentzel , son arrivée au congrès de Lunéville , et la

nécessité •où se trouve l'Empereur d'Autriche, pour gagner le temps de refaire ses armées, de renouveler ces suspensions d'armes, au prix de la cession, à Bonaparte, des remparts d'Ulm, dlngolstadt et de Philipsbourg aussitôt détruits.

Ce fut aussi pendant cette halte sous les armes que, des deux parts , on se disputa lalliance russe. Mais d'un côté , les intempestives et odieuses violences faites sur mer aux droits des neutres et à leur nationalité; les prétentions du Czar sur Malte et siu» quelques points de l'Italie, repoussées par la coalition; l'orgueil de ce Prince , irrité de ses défaites en Suisse, qu'il attribuait à la jalousie du Q)nseil Aulique ; le refus par les Anglais de se prêter à l'échange des prisonniers russes; "d'autre part, la générosité du Premier Consul pour ces prisonniers, qu'alors il fait i*éunir, habiller, armer même, et qu'il rend gratuitement à leur Empereur; l'offre qu'il lui adresse de lui céder Malte avec sa Grande Maîtrise de l'Ordre jadis possesseur de cette île, et enfin, de l'accepter pour arbitre delà paix en Italie ; tous ces contrastes produisent sur le cœur et l'esprit exalté de Paul P' un effet subit : sa réponse au Premier Consul en est la preuve. Il lui déclara : (c Que, sans entrer dans la discussion des Droits de « l'Homme et du Citoyen, chaque pays devant se goucr verner comme il l'entendait, dès qu'il voyait en tête a d'une nation un homme sachant gouverner et se a battre, son cœur se portait vers lui! » Puis, accusant l'Angletepre d'égoïsme , il terminait en annonçant au Premier Consul : « Qu'il voulait s'unir à lui « pour mettre un t(^me h tant d'injustices ! »

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