CHAPITRE m. lOl
sa droite et à sa gauche, Klenau, en reiiionlant, en passant Tlser en arrière de nous et se dirigeant vers cette capitale, et Hiller, en descendant du Tyrol sur Augsbourg, devaient nou^ couper toute retraite.
Entre ces deux rivières , plus près de l'Iser que de rinn , et en thivers des routes de Muhldorf et *de Wasserbourg à Munich, s'étendait alors iin rideau de bois de sapins d'environ deux lieues d'épaisseur. Placées d'abord en arrière âe cet obstacle, trois divisfons françaises avaient été lancées en reconnaissance jusque sur rinn. Elles rencontrèrent le gros de l'armée ennemie, et rentrèrent, en reculant, dans leur position debataiUe.Lecentreautrichien,rArchiduc Jean entête, trop confiant dans l'eflFet de la marche de son corps de droite qui , sous Klenau , débordait et avait tourné notre aile gauche , prit cette manœuvre pour une fuite : il s'avança précipitamment le 3 décembre (i), et s'entassa témérairement dans ce bois marécageux qui commence vers Mattenpott et finit à Hohenlinden.
C'était là, à l'issue de ce défilé, que Moreau l'atiendait. Il l'empêcha d'en sortie pendant que, à sa droite, un vif mouvement en avant de la division Rîchepance ^ue suivait celle de Decaen, en se rabattant à gauche sur Mattenpott, en saisit l'entrée. Cette masse de l'infanterie d'élite de l'armée ennemie , ainsi coupée et renfermée dans ce long et étroit passage , y fut attaquée en tête et en queue et refoulée sur elle-même. Admirable ou présomptueuse manœuvre , selon le général et les soldats dignes ou non de l'accomplir! Richepânce surtout en eut l'honneur, Decaen n'ayant,pu
le suivre d'assez près. H se jeta vers Matlenpolt, avec sa division seule, dans le flanc gaucbe de celle longue masse autrichienne qu'il trancha en deux. Les deux tronçons ennemis s'efforcèrent vainement de se réunir ; il contînt la tête de l'un face à l'Inn ; quant à l'autre, surpris à dos, comme sa queue toute de Hongrois se retournait contre nous pour nous écraser : « Grenadiers ce delà 88"% s'écria-t-il, que pensez-vous de ces hommesce là ! — Ils sont morts ! » lui répondirent les siens ; et en effet, tenant parole, ces Hongrois ayant été culbutés à l'instant même, leur déroule se propagea dans la forêt jusques vers Hohenlinden , où Grouchy et Ney chargeaient, en sens contraire, la tête de cette colonne. Refoulée ainsi, tête sur queue et réciproquement, elle creva par ses deux flancs dans le bois qui la renfermait, jeta ses armes et se rendit prisonnière.
En même temps, à droite, à gauche et en arrière de ce bois, le reste de l'armée autrichienne, quoique supérieur en nombre, avait été maintenu sur place, ou s'était laissé battre à découvert. Cent canoqs et dixhuit mille tués ou prisonniers ennemis demeurèrent siu» le champ de cette bataille.
Quant aux manœuvres de Hiller et de Klenau sur^ tout, elles se trouvèrent prévenues : tout s'était décidé sans eux ; Moreau s'était contenté de les faire observer : le point décisif, l'occasion, tout avait été vigoureusement saisi. Ce grand coup de guerre ne nous avait coûté que trois mille hommes. Habilenoent prévu et préparé par le général en chef, il fut héroïquement exécuté par ses lieutenants. Modeste dans sa gloire , Moreau la leur attribua. Son premier cri de bonheur fut humain et patriotique : « Mes amis, leur dit-il, vous