CHAPITRE m
« venez de faire Ja paix ! C'est la paix qiie vous venez « de conquérir !»
En effet, dès le lendemain, la Bavière fut vide d'ennemis ; rinn sépara de nouveau les vainqueurs des vaincus; et ceux-ci, de Fardeur de l'attaque, retombèrent dans l'abattement et les incertitudes de la défensive. Stratégiquement , cette défensive aurait dû s'appuyer au pied ' des Alpes ; mais comme ils n'en avaient point fait le point de départ de leur offensive, dans leur revers, soit que le temps ou la tête leur ait manqué, ils n'y songèrent pas davantage. Moreau apperçut cette faute; il en profita sur-le-champ : il attira, il retint leur attention à sa gauche, vers l'Inn inférieure, par un grand simulacre d'attaque, pendant -que tout à la fois il réunit ses principales forces quinze lieues plus haut, à sa droite.
Là, le 9 décembre, se ruant tout à coup au travers -de l'Inn supérieure , il en surprit le passage à Neupeurren; aussitôt, poussant impétueusement dans •cette voie, il déborda le flanc gauche de l'armée de i' Archiduc. Alors l'attaquant à revers, de haut en bas, du fort au faible, sans le laisser respirer, il le culbuta coup sur coup, à Lauffen, à Frankenmarck, à Voklanick, à Lambach et à Schwamstadt. Toutes les lignes de défenses ennemies, ainsi prises à revers dans leur naissance, celles de Tlnn, de la Salza, de la Traûn et de l'Enns, tombèrent presque simultanément; dix jours suffirent, et,, le 25 décembre, l'Empereur d'Autriche, voyant son armée détruite et sa capitale à découvert, céda enfin : il nous livra Scharnitz, Braunau, Ruffstein,^ le Tyrol; et, jurant de renoncer à lacoali-
tîon, il c^tmt rarmislice de Slejer, ville jusqu'où Moreau venait de porter son dernier quartier général.
A la faveur de cette suspension d'armes Augereau, d'abord vainqueur sur le Mein et la Rednitz, puis vigoureusement contenu par son adversaire , fut heureux de pouvoir signer un autre armistice. Quant à r Au triche, elle devint sincère dans ses négociations à Luné ville. Cependant Moreau s'était cru obligé de justifier sa suspension d'armes. « En quinze jours, écrivit-il, il avait pris ou détruit quarante mille ennemis! quatre cents caissons! cent cinquante canons! six mille voitures ! Il se trouvait avancé de quatrevingt-dix lieues! Dès lors, la position reculée encore de nos autres armées, et celle de l'armée autrichienne d'Italie maîtresse de faire, au travers des Alpes, des détachements sur son flanc et ses derrières , l'avaient décidé à s'arrêter. »
C'était là une revanche de Campo-Formio. On peut croire que le Premier Consul, en approuvant l'armistice de Steyer, ne regretta point que Moreau n'eût pas, en 1800, porté plus loin sa victoire que luimême n'avait poussé la^ienne en 1797. Et réellement, après l'inimitié déjà marquée de ce général contre Napoléon , l'émulation de ces deux gloires, jusqu€-là si utile au dehors, pouvait devenir dangereuse au dedans , et d'autant plus qu'une rivalité jalouse s'établissait entre les armées d'Allemagne et d'Italie, comme entre leurs chefs.
Il entre tant d'admiration dans l'amour des peuples, qu'il est impossible, quoi qu'on en ait dit, que Moreau ait été plus aimé que Bonaparte. Mais, soit