‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 56 sur 257 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'environ cent pieds de diamètre , se détacha de Fun des sommets avec le fracas et la rapidité de la foudre ! Elle emporta la tête delà colonne. Trente dragons, et leurs che\'aux qu*ib tenaient en main, disparurent : îb furent entraînés dans le torrent, fracassés contre les rochers, et ensevelis sous les neiges. Leur général marchait en avant d'eux , cdia le préserva ; il demeura presque seul; et affaibli , à demi gelé , il fut porté par les montagnards jusqu'à Thospice. Quant à sa colonne, entièrement séparée de lui, elle s'arrêta: une montagne déneige avait remplacé le sentier, et, ne pouvant ni avancer ni demeurer, on rétrogradajusqu'au Splugen .

Le lendemain 28>le reste de la ccHupagnie de dragons si cruellement mutilée et Cavaignac , colonel de ce régiment , s'ofïrkrent les premiers pour recommencer; Mais la tempête continuait; cet ouragan dura jusqu'au premier décembre , et les guides déclarèrent ^ue pour quinze jours le glacier était devenu impraticable. Cependant Macdonald, encore à Coire, envoyait presser la marche; les vivres s'épuisaient; fl fallait, pour éviter la famine et l'encombrement, passer au plus vite.

Le I*' décembre enfin , une belle gelée s' étant établie, le général Dumas, chef de Tétat-major de l'armée, en profita. U vainquit la résistance des montagnards et le glacier. Le détail des dispositions qu'il prit est remarquable. Sous ses ordres les meilleurs guides, et quatre des plus forts bœufs du pays marchant de firont^ ouvrirent les neiges qu'à leur suite quarante paysans déblayèrent. Après ceuxrlà une compagnie de sapeurs achevait l'œuvre , que consolidaient deux

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cent!» fatftassm^ nvareha'M serté» snr six bomines de^ frowt. Puis veimil^ h) eavaterte, puis^ Faitilleffie^ et enfin les bêtes de sonfmieet leur escorte/

Le' silence aVâit été recommandé : il fut observe comttie à la manoîiivre. On avança dans eettie ttstnchée piH^fondfe , mais si lentement qu'il était presque nuit lorsqu'on parvint à Tfaospice. H y eut des konmies gelés. Quelques' soldats et chevaux débordèrent le sen*tîer; ceux-là* furent englotitîs dans tes Mmas qui cachaient le précipice. On> etft ensuite k ftpavers^r une mer de neige d'un grand quart de lieue de longueur,, où le' moindre ven« en pouvait soulever des fiots ea^ pables d'ensevelir là colonne entière. Af^rè» quoi vinrent la descente du Cardinel , «ntre éam^j sentîer tournant sur )ur-n¥ém<e* et se précipitâ^nt en» adgzag> en^ spirale el à pic, ddne tf» ais^me de six eents^ pieds dr profbn<leur; piïis la petite pkine d'kcla> et Ga»ifM>^ Dbfcino où' la tamt arré«».

Dans lia descente la tête to^nrna à plusieurs hcmiitiesy le pied manqua à des mute!»; ils roulèrent brtsés d&. roc ew roc, lenrs cris reteMirent qnelqtte» instants et ils disparurent.

Pendant les deux journées- sutv«intes le m^e teiiq>s iaYorii^ là mardte ée la ^eeonde et dé la tpoiàème colonne. Le 5 déet^i^ifere cer Ait le tovar de Macdonakb et du quatrième^ et étumm pa8»a^. Le mauvais génîm de eesr hauts fieinry avtiit refRPÎs son eiafîre. Va défa^per de neige v^nair ée eomlifier la trandhrfè q€»e ki 9»-néral Q^nnas y smât e^uiierfe. f>» mmàbÊmm jpica» 0m mMqMient ht trace ; TouK^sm les recwrmt ow ]m arraxsha ; et pl«i^qne jitmass' te» meiMs^nm^d» fmrehh

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sèrent à affronter cette tempête. Mais Macdonald s'irrita j et s'abstinant il se mit e» naaicbe. Phisîeun foi$ ses guides , ses grenadiers nvénie ^ se rebutant y rétrogradèrent ; lui persista : il prk h tète , il marcl» la sondé à la fBsm , faisant ouvrir apvès hii ces masses de neige; et guidies et sokfons^ en dépit de Toucagan qui redoubtaft , il força tout à le surrre !

Il réussit ; maïs sa colonne te , à plusieurs, nepnses et sur <JKvers points, ewtreeoapée et séparée de lui par des flofs de neige. La io4^"^ demr^hrigade tout e»r tière cfepersée mit deux jmnrsà se téuair; beasacoup de traîneaux et leurs charges {urent aJ^andoimés;^ eu* Sd , dans ceHfe dernière jeurace , bien des solda^ls pes^ tèrent nuftiiés pair le (rotd : cent dix homoies et plus de cent mulets et cheicanx périrewt.

Le 6 décembre les deux tiers de l'armée des Grisons a^ent ainsi passé du Tersaot des eaiix aUevnaudes aux sources des eaux italiennes. Us templissaieiift ki VaKcSSne. Les détaicheiBeiiiis lais^ en arrrière tïws ks sources de l'fnn , cni poosvés en a^vant sur ki hatrt: Adda , pour masquer notre marche e€ retenir l'enaicni sur rinn supérieure , occupaient les sommeCs de l'Ailla, du }uliersl!M*g et du Blagiio. Les Antrkhieiis qu'its aTavent en Î9totj déjà dépassés par la Tietoîre de Hohenlinden du 3 décembre , et sans doute inquiets de hi mamamvre de Macdeoaid par^a droile , devaient commencer à craffndpe pemr leur nefraitev PourUwt, dans ce labyrinthe de glaees, «vaut db noua abanr domer tes soarcesdeFfiin , leors Suisses y suiptigct à Rulé, pfflr 11 créto mri ^wdée ds \^ d'Â^QS„ et enitneiséreiit wiamwwBiH «w^sc eux , im bàtaâbp et

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recrues de nos avant-postes. Macdoiiâld fit aussitôt réparer, par PuBchiaro , Casaicda et Sylva *-Màna , ce faible échec t lessources de Tlnn furent ressaisies p^r Morlot , d'Hailers et quatre mîllé hortimes. '

G était sa gauche ; il ne restait avec lui que sept nlille hommes ; lés livres manquaieiit'; la hécessîtë d'éh reunir, de se rallier en Vallélihe après le combat cdntfé le Sphigen, et de préparer d'autres passages semblables, retardèrent les manœuvres de notre général. Eiifin, le 9 décembre, il reprit ^pénible marche. Il fallâît'; de glacier en^^cier, passer du val de TAdda dàhs lè'V^r Camonica^ en franchissant l'Apriga y puis du val Càmonica, dansleiral diSôle par-^desèusle lùbntTonfnàr} d'où , suivant la Nos , on serait deâceilciu sut Trente dans la grande vallée de l'Adigè : c'était la' Vôîe la pluie dffecte.. ' ■ ' ■ - ■ ' ' - ■ ' ■;•"' ■■"'' ^ '^ '■ '■■''"•^'■

Le rude Apriga, moins haut mafe plus tôrtuétijc, plus âpre, plus abnipt en<x>re que le Splùgeir, fîit surmonté. On y laissa mokis d'hoâiines , mais plus de ' chevaux et surtout de bétes de somme J rbîdiéà par leurs charges elles ne purent se reployer sur ellesmêmes dans les replis aigus du sentier qui, môtitant et descendant à pic, serpentait en brusques zigzags entre les rocs; il en roula beaucoup dans lés pi^cipiceSé

Le val Camohica atteint, Favànt-gardé essaya le TonnaL Mais cinq mille Autrichiens , retranchés dans la glace, en défendaient le passage; et deux fois, en dépit d'assauts intrépides les plus obstinés, nos généraux. Vaux etVandaitenae, reculèrent après avoir rougi le glacier d'un sang versé inutilement. De son côté

tiacdppald tenta vaipjenxept (l'en tourner la gauche et d'airivçr s^vh Sarca , par-dessus l'ua des contreforts du.Toj(^)al : ici la, nalMrô s0ule,saDsaïUtre< ennemi, résista ; aucun .ps^ssage, n^ fut ^tîtojuvé pralÂeable.

: J)ès lors ^ xenff^rcé de deux mille, ItaUens y le général en chef de^eiid, YO^io j^^u*à Yiso^e. La nouvdle du pa^s^ge du Aliu^o pair ncHUre armée dltali^ \feiiait d*i|[!l*ifei? ^n impatiences En pous^ rannonçant ii de^ m^pdct à ^es soldats ^ .defveiuis > montagnasrda > & ils/ se laisseront df passer par leurs conapagnons dlarme^ •>»€torieux, daps, la plaiuQ* Et sans, se tromper^ jugeant dç np^e^^deur parlajsienme, il nous entraine droit sur le San^T^téniQ. Cette nppntagne: est inabordable à r^^^U^e ^ à , te ca^^leiie elleTmeme ; dlea la tourné^ renjt p^s^r^p Jap d'Iseo» Quapt h nous , ce gkoiei*^ même après celui du Splugen , nous étonna. Il est si haut y si roi4^^^i^,];^rii^$4 d^S^pIuSt rudes *aspéritiés,que^mêniie pour Vi^ff^pt0rie>9 U y fallut ouvrir un^ passage dans d'énprp^es Hocs de> glate., <^,les taiUer en escaliers , k cqup di^(,|;i^cheiirious fûmes forcés de nous servir autapt, <^ no^.fni^i^s quede nos pieds, et <de nous prendra à la queue de nos chevauK pour atteindre le faite, ^ssilôt^ descendant dans le val Sabia, Macdonajd gravit et dépasse encore^ la chaîne qui sépare cette vallée de la Trompia ; d*où, remontant laChiese, il retombe suar la Sarca. Enfin^ de crête en crête, de ravins^ en ravina? franchissant, jour et nuit sans s'arrêter et au pasde cpui^e, vingt-cinq lieues de boues et de glaces, euneuiis y postes retranchés , il renverse tout; et, le huit janvier, .i^doi, surmontant le sommet de Michels^erg, il se précipite sur TAdige^ en force le

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passage , et arrache aux Autrichiens la viflfe de Tren4ff !

Là , sans repi*endre haleine , d'une main il saisit, » LeTÎco , les sources de lia Brenta; de Taiilre il pousse , vers la Pietra, lesTaincus descendant TAdige. Ge fiil ici surtout que nous vîines le front a^ucbcieux et même un peu haiTtain de Macdonald, et son r^ard si franc et si fier, qwe tempérait souvent ffi<iegsâeté rwileuse , s'animer d'un bonheur bien« vif, lorsque , daws cette dernière (firectioïi , aux coups de feu dieson avan^ garde d'autres coups lointains , qu'ap^rtait un ▼«ni du sud , semblèrent répondre : ces coups ne pouvaient être que ceux de Tarmèe de Brune !

L'ennemi , que nous suivions , en quelque nombr» qu'il fât, était donc enveloppe , dans l'étroite et profonde vallée de l'Adige , entre Macdboald qui la descendait et Faile gauche de l'armée d'Italie qfii \» remontait. Ainsi taait de fatigues, tant àe eoiirbafs contre la natîure , mais obscurs , mais sans gbire gnerrière, allaient être courcmnés par Fu*i des plus brillants coups d'éclat de cette guerre! En elfet , ces coups de canon étaient ceux du lieutenant général Moncey, commandant Faile gauche de Brune. Qti£»ft aux emuemis pris entre deux , c'était Lanidon , c'étaient ces mêmes vingt mille Autrichiens , que les efibrts^ de fi^ont de l'aile gauche deMacdonald sur le fasut Inn etle haut Adige , et que sa mancecFvre si rapide par sa droite , venaient de fbwîer d'abandcnmier leTyrol, Ib cocvaieiit se réfugier près de leur samwe d'Ilatie ^ et 3s se trouvaient cernés et attaqués en télé et en q«ei!ie , au moment oh îb aipaîçnt espéré l'atteindre.

Mais Monccy, homme de cœtst^ avait Fesprît tnop

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accessibte à mie foule de préocctapalions : sa responsa- Wfité M donnait la fièvre. Cette (ttsposttion s'était sans doute accrue sous Todieux gouvernement de la Terreur, qui imposait la victoire à ses généraux , sous^ peine du dernier supplice. Laudon abusa de ce caractère. Se sentant prfe comme dans un piège, il eut recours à la ruse : il fit annoïïcer à Moncey la nouvelfe d'un faux armistice. Moncey hésita. D'une part , la position (terewnemi retranché dans la Piétra lui sembla formidable ] d'autre part et malheureusement ce même vent du sud, qui nous avait ap^porté se» coups , l'avait empêché d'entendre les nôtres ; en sorte que , ne nous sachant pa» derrière Laudon, il ne comprit pas la détresse de ce général et ne se défia pas assez de son mensonge. La pensée du sang qui allait couler le troubla. Tout ce qu'il désirait conquérir, la Piétra , Trente même , on le lui cédait. L'infortuné général s'arrête ; la suspension d'armes qu'on lui demandait , il la signe ; et le trop heureux Lai^don , au moment d'être forcé à mettre bas les armes, profitant de ce répii, s'écbappe du val de l'Adige dans celui de la Brenta , en défilant par un sentier presque impraticable.

La Piétra ainsi abandonnée et l'ennemi disparu ^ les avant-posles de l'armée d'Italie, étcmnés^ rencoa^ trent les nôtr^. Moncey consterné aparçoit Maedo-* nrfd, et fottt à la fois qu'il vient d'être victiixfee d'une rase de guerre f que sa créduiîté a Mt mancper Fun (tes phis important résultais de cetlie campskgne^ q^H va devenir In fable de mm armées : confits , huixrilié , sa feufe l'écrase. £n p*oie au même caraicteré <p» la

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lui ayait fait comineltre, il faillit se tuer de désespoir* Maodonald perdait à cette mystification tout le fruit de son habile et rude manoeuvre; il oublia tout pour k consoler! Quant à Brune , qui se vantait 'encore d'être terroriste , il fut moins généreux : furieux , il remplaça Moncey par Davout dans le commandement de son aile gauche; mais Davout se refusa noblement à profiter de cette infortune ; forcé d'obéir, s'il vint à la Piétra , ce fut pour se mettre sous les ordres de son ancien et malheureux compagnon d'armtes !

On va voir que, peu de jours après , Brune lui-même perdit le commandement de son armée pour avoir signé un autre armistice. Quelques lignes de plus suffiront pour achever l'esquisse du tableau de toute cette guerre.

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