CHAPITRE II
aperçus, et de la pittoresque originalité de son langage. Malheureusement les procès- verbaux de ces séances ne transmettent qu'imparfaitement les formes hardies et les couleurs si animées des inspirations de Bonaparte.
Ghargé de la garde de sa personne, comme on le verra bientôt, et raccompagnant jusque dans le salon qui précédait la salle de ce Conseil, combien de fois, dans les intervalles de repos indispensable à ces séances souvent de dix heures entières, ai-je été témoin des exclamations admiratives de ces Conseillers ! On eût dit qu'ils venaient d'entendre une voix surnaturelle ! Chez de tels hommes , point d'illusion possible , et d'adulation moins encore : eux des flatteurs ? ces mêmes Conseillers qui , bientôt après , quand on proposa l'Empire à leurs votes écrits et signés , répondirent : les uns par le vœu du maintien de la République, ies autres par celui d'une monarchie parlementaire , ce qui , dans une démocratie , diffère si peu de l'état républicaine
Ces cris d'admiration, ce fut de la bouche des Portails, Tronchet, Merlin, Malleville, Treilhard, Mollien, etc., que je les entendis! Cet enthousiasme , à bien' peu d'exceptions près , était partagé par toute la France. Qu'on ne dise donc plus que, alors, dans notre horreur de l'anarchie, nous livrant à Napoléon, nous préférâmes à une liberté sans repos , un repos servile. Du repos ! mais d'abord avec lui il n'en existait pas. Quant à la servilité sous le Consulat, non; jamais chef ne fut suivi plus volontairement.
Nous nous obéissions a nous-mêmes en lui. Nous
no LIVRE QUINZIÈME.
servions, en lui , nos véritables intérêts qu'alors il représentait , les plus nobles de nos passions qu'alors il excitait et satisfaisait! Guerrier, législateur, administrateur, il nous apparaissait comme le Génie de la France , lui ouvrant la voie, et s' élançant en tête de tous les courages et de tous les talents tournés au bien , au grand et à la gloire ! Épuré , exalté dans cette atmosphère d'héroïsn^e , on était sans cesse élevé hors de soi par de grands spectacles. Époque illustre des grands efforts, des nobles dévouements! Siècle d'aclions et non de paroles , où, dans les Conseils, la parole ne valait qu'autant qu'elle était utile, où il ne lui était permis d'éblouir qu'en éclairant!
A tant de travaux, qui signalèrent cette année 1801 ,. s'ajoutent les premières bases jetées des autres codes j celles de l'édifice de l'instruction publique qu'il commença dès lors à reconstruire. Il en alla visiter les. écoles , soigneusement , pour tout voir et non pour se montrer. 11 se plaisait à interroger les élèves , à donner des grades aux plus distingués , et des bourses aux fils de savants et de citoyens pauvres et illustres. De même encore, dans Paris, au dehors et jusques au fond des provinces, ce guerrier, apparaissant soudainement au milieu des établissements de l'industrie et du commerce , en étudie tous les détails ; conquérant dans la paix comme dans la guerre, il excite les progrès par des prix offerts aux inventeurs de machines nouvelles et par l'institution d'une exposition annuelle des produits de l'industrie nationale. A ce foyer ar-^ dent et lumineux d'une activité aussi prodigieuse, tout s'enflamme! Les arts, les sciences, les métiers^