‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 67 sur 257 · CHAPITRE II. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. H

Napoléon agit alors sans emportement, systématiquement; qu'elle atteignit le but sans le dépasser; et que, sans colère, tout en frappant ces deux partis contraires dans ce qu'ils avaient d'incorrigible et d'ingouvernable, il continua à tendre au reste une main impartiale et protectrice. C'est ainsi que, dans cette année 1801, on le vit rendre à une foule d'émigrés leurs bois non vendus, et tout à la fois forcer ses ministres à réintégrer dans les emplois, dont on les avait chassés , plusieurs anciens révolutionnaires , gens ha^ biles , qu'il jugeait plus égarés que coupables. Inébranlable dans ce système il demandait : « Si on le « croyait réactionnaire ; à quelle toise on s'imagi- « nait le mesurer ; si on prétendait lui faire partager « de petites passions! Ne comprenait-on pas qu'il « voulait l'oubli du passé j la fusion de tous les par- « tis? » En effet, s'identifiant à cette patrie, que, après dix ans de révolution, Dieu seul, par un déluge nouveau, eût pu nettoyer de tant de souillures ; forcé, pour la relever, pour la refaire grande , heureuse et glorieuse, de se servir des proscripteurs comme des pros^ crits , il voulait que tout ce qui entrait dans une voie si sainte, de quelque part qu'on vînt, fût dès lors absous, purifié de toute iniquité passée, et comme racheté par son dévouement à cette religion nouvelle. Et réellement, à ^ voix, à son exemple, un vérilable enthousiasme poiu* tout ce qui est bon , beau et gPâïid, saisit tous les cœurs. Ce ne fut plus, comme €n 1789, par élans désordonnés, k ces nobles ardeurs au contraire, habilement classées selon leurs divers naérites, une direction utile et vigoureuse fut donnée.

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Chacune dé ces ardeurs agit dans la sphère qui lui était propre ; et toutes , à la fois, par des voies diverses, tendirent régulièrement au but élevé vers lequel les entraînait une main puissante.

Gomment ne se serait-on pas senti irrésistiblement attiré vers ce génie d'un éclat alors si pur, si éblouissant , et d'une lumière qui n'était que bienfaisante. Sous son influence tout renaissait, mais tellement perfectionné, que c'était plus une création qu'une régénération! Déjà, les finances devenaient si florissantes par l'ordre , par la régularité, par le bon emploi des fonds, que d'une part le Trésor faisait remise aux citoyens des contributions arriérées , tandis que d'autre part il acquittait scrupuleusement toutes les dettes dont l'avait laissé surchargé le Directoire. Parmi tant d'actes mémorables , en dépit de l'opposition du Tribunat, citons Taffectation du revenu des biens nationaux à l'amortissement de la dette, à l'instruction publique et aux invalides; mesure à la fois conservatrice des biens du pays , rassurante pour ses créanciers , reconnaissante pour la gloire passée, et préparatoire de la gloire à venir de la France.

Dès les premiers jours de pluviôse an IX un projet de Code Civil avait paru : soumis à l'examen du pays, il revint au Conseil d'État du Premier Consul. Ce Conseil célèbre dont fut mon père, et d'où sortirent toutes les institutions régénératrices de la France, Napoléon l'avait composé des plus habiles hommes d'alors, sans égard à leurs antécédents politiques. Ce fut là que, dans les questions les plus ardues, il les étonna si souvent de la lumineuse profondeur de ses

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