‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 7 sur 257 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

une dsscu^ion définitive. Lorsqu'enfin celle réunion eut lieu comme on le voit, dans la première séance, Tespoir de Sieyès s'accrut du silence de Bonaparte, quand il déroula . son système dans le même ordre dont on vient de lire le résumé. Mais le lendemain, lorsque, arrivant au faite de cette hiérarchie de Pouvoirs contre-balancés , il fît apparaître cet oisif, ce ridicule et impossible Grand Proclamateur Électeur, une explosion d'indignation de Bonaparte atterra une seconde fois cet esprit plus fait à la méditation qu'à la controverse, « Hé quoi! citoyen Sieyès, s'écria Naa poléon, comment avez- vous pu vous imaginer qu'un « homme de quelque talent et d'un peu d'honneur « voudrait se résigner au rôle de cochon à l'engrais « de quelques millions , comme le serait votre Grand « Proeiàmiaiteur! »

Cette exclamation fut aussitôt appuyée d'une foule de considérations concises, profondes, incontestables, surTinanité « de cette ombre d'un roi fainéant; » enfin sur cet absurde assemblage de Pouvoirs sans garantie, destructeurs les uns des autres : vérités qui, se pressant avec une* éloquente énergie dans la bouche de Napoléon, entraînèrent tout le Conseil.

Dès ce moment Sieyès, abattu et frappé de ridicule, demeura muet. Bonaparte au contraire domina la discussion, tantôt par les éclats impérieux d'une volonté et d'une autorité déjà redoutables, tantôt par l'étonnement et l'admiration que la supériorité et l'univer-salilé de son génie imposèrent à ses contradicteurs et qu'attestent encore leurs souvenirs. L'austère républicain Daunou lui-même, disent-ils, qu'il avait con-

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traiat de prendre la phtme, volait d'une main contre ses propositions, et se voyait aussitôt forcé d'en écrire avec l'autre main l'acceptation.

Dans cette œuvre toute au pouvoir d'un grand homme, œuvre de salut en ce moment, Bonaparte ne daigna pas dissimuler^ Il plaça frilncliement au-dessus de toute autre prétention, cette autorité qu'il exerçait de fait depuis le 18 Brumaire. Daunoii et Cliénier proposèrent en vain qu'on ne hii;conférât que le titre de généralissime avec des pouvoirs extraordinaires. Il répondit : ce Je suis Consul ! Je veux rester à Paris! » Et connue ils réclamaient en faveur de la puissance absorbante du Sénat : «Non ! cela ne sera pas! » reprît-il impérieusement. . ,

Cette réplique termina les débats. Tout ce qu'avaient pu obtenir ces républicains, était : l'existence d'une tribune libre encore, celle du Tribunal; et la réduction à dix ans des jjouvoirs du Premier Consul, temps plus que suffisant pour qu'il s'en assurât la jouissance ou viagère ou héréditaire ! -

Ainsi l'on n'accepta des idées de Sieyès que ce qui convint à Bonaparte ; on abandonna le reste. A l'élection directe venant d'en bas, et qui, dans les temps de désordres , n'avait produit que des Représentants de factions et de passions violentes , on substitua l'élection indirecte venant d'en haut, ce qui, avec le génie du chef, produisit la Dictature. On créa un Premier <lonsul, gouvernant seul, ayant l'initiative exclusive de la proposition des lois, avec l'aide d'un second, d'un troisième Consul et d'un Conseil d'État à voix seulement consultative. Ce Premier Consul devait choisir un Sénat,

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