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CHAPITRE II

Le moment était venu de discuter la constitution nouvelle au sein des deux Commissions législatives. Bonaparte les manda au Luxembourg. Sieyès ne désespérait pas encore de sa mystérieuse constitution , si célèbre avant d'être connue : conception laborieuse , qu'un mot de Napoléon fit avorter, en en conservant toutefois ce qui convenait à la concentration dans sa main de l'autorité gouvernementale.

Dans ce Conseil prêt à clore le gouvernement provisoire, Bonaparte invita Sieyès à produire son œuvre. En voici l'ébauche i C'étaient : des élections, à trois degrés, de candidats pour toutes les fonctions civiles, judiciaires et législatives; un Conseil d'État directeur du pouvoir, aidé d'un ministère exécutif et responsable avec l'initiative exclusive des propositions de lois; un

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Tribunal les discutant contradictoirement devant un Corps Législatif muet ; un SenatConservateurà vie, dont les membres, dotés de cent mille francs de rente, choisiraient, sur les listes de candidature, les Tribuns et Législateurs; cour de cassation politique, jugeant en dernier ressort les lois quant à leur constitutionalité, avec le droit d'élire un Grand Proclamateur Électeur à vie, ou de le révoquer eh Tabsorbant dans son sein, ainsi que les tribuns dangereux au repos public. Puis deux Consuls, Fun de la Paix^Tiautre de la Guerre, nommés comme tous les autres fonctionnaires par ce grand proclamateur électeur réduit à ce pouvoir unique.

Des témoins assurent que Sieyès s'était préparé pour lui-même cette place de Grand Électeur, spectateur plutôtqu'acteurde gouvernement, mais place dorée de six millions de revenus, décorée d'une garde de trois mille hommes, de Thahitation du palais de Versailles, et de la représentation extérieure de la République. Elle semblait toute faite, en effet, pour son orgueil à la fois cupide et timide. Ils ajoutent que, convaincu que le Sénat la lui déférerait, il ne destinait à Bonaparte que le Consulat de la Guerre.

Subjugué, comme on Ta vu, dans Tintérieur du Consulat provisoire, Sieyès, quant à son œuvre constitutionnelle, espérait reprendre le dessus devant les deux Commissions législatives. Il s'était d'autant plus efforcé de les entraîner dans son utopie républicaine, que ses premières ouvertures sur ce projet, aigrement repoussées par Napoléon , avaient brouillé ces deux Consuls. On avait eu quelque peine à les rapprocher assez pour qu'on pût soumettre ce plan de constitution à

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