CHAPITRE IV. liiO
de la gloire pure des armées de la République. Ce voyage fut pour Macdonald un triomphe conlinuel, dont nous prîmes plus que notre part. Partout la foule se pressait sur nos pas ; partout Macdonald se montra généreux jusqu'à la prodiggilité , surtout pour les Français malheureux qu'il rencontra. Nous vîmes Leipsick, Dresde, et Pilnitz, célèbre point de départ de la guerre de la Révolution. Nous fûmes présentés à TÉlecteur, excellent prince, mais d'un caractère méthodique et si soumis à l'étiquette, qu'elle le suivait même, disaiton , dans l'intérieur de son palais , jusque dans les bras de rÉlectrice ! Nous en plaisantions alors : dans notre légèreté native et révolutionnaire , notre défaut de méthode riait de ce que ces peuples en avaient de trop; aujourd'hui plusieurs de nou§ pensent peut-être que nous eussions tous gagné à être moins dissemblables , regrettant pour nous une bonne part de ces mœurs sages , constantes , régulières , dont la différence des caractères nationaux ne nous permet guère l'imitation. Berlin, ensuite nous arrêta plusieurs jours. J'y recueillis, des Princes , des Princesses de cette Cour, et plus explicitement d'un grand nombre de leurs entours, des témoignages de l'estime profonde que tous conservaient à mon père , à son histoire du feu Roi de Prusse , quelque véridique qu'elle fût, et de leurs regrets de ce que ce Prince eût suivi des conseils opposés a ceux que mon père lui avait apportés dans sa dernière mission diplomatique. On se souvient que cette mission avait précédé la guerre de 1792, qu'elle n'avait pu empêcher.
Quant au mauvais succès de leur première cam-
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pagne, ruii,des ancipnsaides de camp de ce monarque défunt s'efforça de Texcuser. Selon lui les ordres donnés au duc de Brunswick n'avaient pas été suhis. Frédéric-Guillaume II avait voulu que, à Valmy, on ne s'en tînt pas à une simple, canonnade. Son avis avait été d'attaquer, de livrer franchement bataille. Mais le Duc de Brunswick, se souvenant trop que le Roi avait été son élève , n'avait point eu égard à ses instructions. Cet officier m'avoua aussi que , trompé par nos émigrés, on ne s'était attendu qu'à une simple n»arche militaire, pendant laquelle toutes nos populations,- et notrearmée elle-même, accourraient se joindreaux drapeaux prussiens! Il expliquait ainsi, et la fatale proclamation du Duc , et le désappointement de ce général , et le découragement qui en avait été le résultat.
Dans ce séjour, où, comme partout ailleurs , d'après les conseils de mon père, je pris une foule de notes statistiques et politiques , il me fut facile de remarquer que le meurtre de Paul I" et la violence faite à Copenhague par la flotte anglaise avaient déjà rompu la neutralité armée , à laquelle d'ailleurs la Prusse et les villes Hanséatiques n'avaient adhéré qu'en apparence", et dont leur infidélité s'était enrichie. Le maintien de ce traité avait été le but donné aux efforts de Macdonald : il comprit dès lors l'inutilité de cette mission , et n'y vit plus que son éloignement indéfini de sa patrie, de ses amis et de sa famille. La paix comme la guerre allait donc à jamais l'en séparer; elle allait soumettre son caractère gai , fier et indocile à toutes les sujétions d'une existence diplomatique dont la contrainte lui était antipathique.