‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 78 sur 257 · CHAPITRE IV. 16T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 16T

lui le port, la rade, et les bâtiments de guerre qui avaient échappé au désastre du 3 avril. Je vis là, sur îK)n vaisseau de 74, le contre-amiral Bill. Il se plaignait amèrement du découragement du Prince Royal dans cette journée, de la défense qu'il en avait reçue d'achever Nelson échoué, et vaincu d'avance inévital3lement ! Le fait positif et incontestable c'est que Nelson • malgré Parquer et les signaux réitérés de retour que iui faisait cet amiral, s'était obstiné à s'engager dans une passe longue, étroite et sans fond, en face, et à portée de fusil, des vieux vaisseaux danois qui y étaient emlx)ssés. Il les avait détruits, il est vrai; mais . €11 même temps, et à Tissue de cette passe , les deux ' premiers bâtiments anglais avaient échoué, en sorte <{Ué la ligne ennemie, ainsi arrêtée, était restée exposée, de tête en queue, sans un seul mouvement possible 6t sur une seule file, au feu de deux vaisseaux danois que, au delà de ce défilé, commandait Bill. Il n'y avait q^i'à laisser ce contre-aniiral enfiler de son feu les ^^isseaux immobiles de Nelson qui n'y auraient pu répondre : ils eussent été infailliblement détruits à leur ^^vtr, ou forcés d'amener leurs pavillons. C'était Potirquoi, dans cette position désespérée,* Nelson ^ ^tait empressé, par deux lignes écrites au crayon , d Ciffrir au Prince Royal un armistice. Celui-ci, en ^^J)it des représentations de Bill, l'avait accepté. Le "^înce avait craint, pour ses colonies , pour sa flotte , P^^iir Copenhague même, la vengeance de l'Angleterre "^^miliée par un désastre. C'était pour échapper ace ^^^nger lointain qu'il s'était soumis à une bien intempestive capituktion.

Bill ajoutait que , par incurie ou inexpérience, on nVvait point été assez prêt d'une r part, tandis que, d'autre part, on avait été livré par la mau-' vaise volonté suédoise. Ce vieux contre^aniiral disait que cette alliée perfide avait refusé le passage aux marins appelés de Norwége à Copenhague; il ajoutait que treize mille excellents matelots norwégien3y précédemment attirés sur les flottes anglaises par l'appât du gain, y avaient été retenus par divers moyens, dont l'un avait été la suspension du paiement arriéré de leur solde qu'on leur fit attendre.

Au reste, si le Prince Royal eut ce moment de faiblesse que Bill lui reprochait , sa fermeté dans la négociation de l'armistice avait été honorable. Elle eût pu même être suivie d'un résultat plus heureux , si, dans le même instant, l'assassinat ,de Paul T' n'était pas venu changer la face des affaires.

Un autre fait singulier, c'est que ce furent les Anglais qui apprirent aux Danois , que pour les plus gros bâtiments de guerre le grand Belt était navigable. Nous vîmes en effet Bill partir sur son vaisseau pour en renouveler l'épreuve , et revenir aussi convaincu qu'étonné d'une semblable découverte.

Le 1 1 octobre , au milieu de ces investigations plus curieuses alors qu'aujourd'hui , arriva Duroc , colonel aide de camp de Bonaparte. Sa mission avait eu pour but Berlin , Pétersbourg surtout , puis Stockholm et Copenhague. Aussitôt l'ardeur de grossir mon cahier d'observations me porta à rechercher son entretien-, sans autre calcul. La jeunesse d'alors, accoutumée à tout risquer pour la gloire, élevée au bruit des

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