‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 79 sur 257 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

grandes renommées nouvelles et de tant d'illustrés dévouements royalistes ou républicains^ n'était point intéressée. Moi , comme elle , et de plus nourri des mœurs de ma famille, je n'étais andÂtieux surtout que de considération. Dans cette circonstance je ne songeai qu'à obtenir l'estime de ce personnage. Mais d'abord son attitude réserVée et observatrice ne m'encouragea pas ; et puis j'étais , j'avais l'air si jeune alors, au milieu de personnes toutes plus âgées, que j'attirai peu son attention. Mais il arriva heureusement, dès le second jour, que, au milieu d'un petit cercle, Duroc nous ayant adressé quelques questions sur la flotte et l'armée danoise , je me trouvai seul en état de lui répondre. Aussitôt, soit curiosité , soit surprise, il redoubla , me prit à part , et, la conversation engagée, je ne manquai pas, comme on le pense bien, cette occasion d'étaler mes nouvelles connaissances. Le résultat fut que, à son tour, Duroc me rechercha ; et que, flatté de cette préférence , je lui offris, et il accepta^ un relevé des renseignements les plus utiles que je \ m'étais procurés, et qui pouvaient rendre sa missiotî plus fructueuse.

Le 1 5 octobre , jour de son départ , à quelque émotion dans ses adieux , aux épanchements de l'officier ^i l'accompagnait et qui me pressait de venir prompt^Oaent le rejoindre à Paris, pour entrer dans le régi- ^^nt des Guides où lui-même était capitaine , je vis W^n que je m'étais acquis l'estime et l'amitié de l'illustre voyageur. Pourtant je l'oubliai bientôt , n'ayant ^^laché à cet incident qu'un désir général de plaire; ^ais j'avais fait plus que je ne pensais : cette en-

trevue allait avoir sur ma destinée l'influence la plus puissante. Duroc venait d'emporter de notre rencontre un souvenir plein d'intérêt et d'affection, sentiment qu'il s'empressa, dès son arrivée , de transmettre au Premier Consul , et qui ne devait plus s'effacer. Tant il importé de donner de nous, dès notre début, une favorable iiApression ; succès qu'un esprit studieux obtient facilement par la surprise qu'inspire le contraste , dans l'âge léger des plaisirs , d'un travail solide et sérieux, et grâce à l'indulgence à laquelle on est naturellenient disposé pour un si jeune âge.

Quant à moi , n'ayant pas regardé si haut et si loin , aussitôt après ce départ je retournai à ma vie habituelle et observatrice, sans me douter que j'en avais déjà obtenu tout le prix qu'il m'était possible de recueillir.

La nouvelle d'une perte cruelle et inattendue vint bientôt, d'ailleurs , absorber toutes mes pensées dans une douleur profonde : ce fut la mort de mon grandpère le maréchal de Ségur*, qu'un accès de goutte nous enleva le 8 octobre 1801.

Cependant, aux yeux de Macdonald, de plus en plus dégoûté de sa nouvelle carrière, sa mission ne semblait plus avoir d'objet que son éloignement de la capitale ; et réellement elle n'en avait point d'autre. Le ministre Bernstorf était revenu de Londres. Il y avait été accueilli comme le représentant d'un vassal en révolte contre son suzerain. Le Danemark s'était seul, généreusement et gratuitement, sacrifié aux droits des neutres. Abiandonné par la Prusse , trahi

Page 1