CHAPITRE VI
nérai, qu'ils en étaient venus à ne plus ménie se saltier ; et voilà que, sortant la iéte et la main de la portière, le Prince m'adressa le sailli le plus aimcal! Sur quoi SaiptrCyr:^ de s'étonner, de se récrier, de me demander ce qiie cela signifiait ; et inod , de paraître {dus surpris encore , de supposer^ d'alTirmer que ce salut ne pouvaiti^'îl4res^r qu'à lui, me gardant fa^en de .rendre au Pipin^e, sa politesse , et la maudissant intérieuremenl . I^ lendemain, après tant d'efforts hypocrites, qii'on' se figiire ma consternation lorsque Saint-Gyr, m'accueillent d'u*^ ^ composé, m'interpella sur une paitie deines instructions, dont je lui avais, disait^il , £aiit un mystère. A ces mois , croyant ma mission manquée y mon astuce 4?yQiJi4e ,il me i^mbla <^, dans toutes mes veines ,, , mpn, ^ang . se déoomposait . Pourtant j malgré cette, anxifslé extrême , je me* contins^ j 'affectai rétonnemept le plus naïf, et le priai de s'expliqua* cc^ipe , s'il.m'ét^it ip^possible 4e , le comprendre . Bien ïq'en prit, , par , en, effet nçîus lie nous çompreoions ni l'iict ni l'autre. Jie m'en aperçus lorsqu'il m'avoqs^ qu'il me soupçonnait d'être d'accord avec Lu4;ien Bonaparte, et d'avoir . été chargé de communications secrètes, a>;€5C le secrétaire de ce frère du Premier Consul, dont j'igno|:ais même la présence à Aranjuez, Oh! CQpame alors j soulagé d'un poids immense, charmé dç voir Tanil^iassadeur prendre aii;isi le change , et fort de pouvoir enfin être vrai , je niai cette fausse imputation ^v^C une effusion si persuasive , que Saint-Cyr tie rendit toute sa confiance.
Ce, fut ainsi que je réparai l'étourderie que j'avais Oonimise. Je réussis , mais ce fut à mes dépens. Dans
cette préoccupation trop exclusive, m'étant trop livré à cet ambassadeur mécontent,pour le mieux tromper, il m'entraîna à négliger, comme lui , toutes les formes : il me fit repartir sans prendre congé non-seulement du Prince , mais du Roi lui-même , et conséquemment sans recevoir le riche présent qui, selon Tusage , m'était destiné. J'y renonçai sans regret; mais ce qui fiit pire, c'est qu'ainsi je manquais l'occasion d'étudiar cette Cour, de me mettre en rapport avec le favori , de donner plus d'importance à mon voyage , et enfin de laisser à Aranjuez une meilleure idée de mon savoir-vivre. C'était avoir sacrifié plus qu'il ne fallait à l'une de mes instructions ; mais les têtes vives ont ce grand inconvénient que , une fois fi-appées , elles ne voient plus qu'un côté de leur affaire»
Au reste , et sans m'en douter, je m'étais donné trop de soins. Mon bonheur d'alors ei\t suffi sans tant de précautions outrées, dont mon amour-propre et'ma conscience souffrent encore. Il y a, dit-on, pour les gens ivres, undieu qui les préserve ; il en est de même, je crois, pour la jeunesse qui est une ivresse d'un autre genre. La bonne fortune de la mienne avait voulu que , chez le Prince de la Paix , à cette audience si nombreuse , je n'eusse été remarqué par aucun des agent» de notre ambassade ; et cela parce que l'unifornae , dont je m'étais si mal à propos revêtu , était par bonheur celui de Dragon, et qu'il ressemblait justement à celui des régiments de la même arme de l'armée d'Espagne : j'avais donc sans doute été pris, avec ma figure ovale et mon teint et mes cheveux bruns , pour un officier espagnol.