‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 91 sur 257 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

électeurs se composa de six prolestants et de quatre catholiques. L'Europe entière rendit hommage à l'habileté ferme et modérée du Premier Consul dans cette difficile négociation. Il sut la faire adopter, en deux mois, par la Diète de Ratisbonne : adoption sanctionnée par un assentiment unanime et définitif, dans les trois mois suivants, le 2S février i8o3.

Cependant le gouvernement suisse , livré à lui-même, renversé et chassé par les olygarques ennemis de la France, nous avait appelés à son secours. Abandonner aux intrigues autrichiennes cette position militaire trop offensive , était impossible. L'intervention armée de Napoléon avait donc mis fin à ce désordre. Dès lors, attirant à Paris les chefs les plus sages des deux partis, il leur dicta, le 19 février i8o3, une constitution si conforme aux lieux , aux temps , aux intérêts rivaux , et un choix d'hommes si impartial et si judicieux, que, en dépit des efforts hostiles de Londres et de Vienne , cette autre œuvre d'une médiation aussi habile , aussi ferme et modérée que la première , et simultanée, avait encore arraché de l'Europe, d'abord inquiète, une approbation universelle.

Qu'on se figure donc , au milieu de tant de bienfaits et de triomphes, nos transports d'orgueil et de bonheur, à la vue de cette multitude de princes étrangers et d'envoyés italiens , suisses et allemands, que ces glorieuses médiations attiraient autour de notre Chef et de ses ministres. D'autre part , l'amnistie des émigrés , le retour des proscrits , celui de la sécurité générale, ajoutaient à la joie publique. En même temps l'affluence d'une multitude d'étrangers ce-

lèbres , leur étonnement à Faspect de Paris embelli ^ de la France agrandie , et de la foule de nos renommées guerrières, littéraires et scientifiques qu'ils se faisaient montrer, flattaient, enivraient Tamour-propre national; cet amour-propre s'exaltait surtout de leur empressement, au milieu de fêtes pompeuses et de revues éclatantes, à venir contempler, dans notre Chef, le génie le plus extraordinaire des temps antiques et modernes !

A ces démonstrations publiques se joignaient , dans diverses sociétés, les plaisirs d'une suite non interrompue de festins somptueux , de soirées brillantes , où des femmes renommées par leurs charmes , et habiles à s'entourer de toutes nos célébrités guerrières et politiques , artistiques et littéraires , faisaient à ces étrangers les honneurs de la capitale. Les traces matérielles de ^la Terreur, ses débris, ses ruines sanglantes, qu'ils croyaient retrouver, ils les virent, non-seulement effacées , mais déjà recouvertes des splendeurs d'un luxe renaissant et de richesses agricoles ou industrielles. Quant à la société , et à son aspect moral , il en fut de même : ils s'étaient attendus à la rudesse des mœurs révolutionnaires ; ils virent que, par l'effet du mélange des classes instruites, dans une nation tout entière encore imprégnée des mœurs nobles et élégantes de l'Ancien Régime , cette société nouveDe était, pour des étrangers surtout , plus attrayante peut-être que la société ancienne. Et, en effet , les éléments divers dont elle se trouvait recomposée offraient plus de liberté , de diversité , d'originalité, sans avoir encore presque rien perdu de

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