CHAPITRE VII. 1U
l'urbanité , et du désir de plaire , que le génie français et l'exemple de l'ancienne Cour, avaient répandus dans tous les rangs d'une bourgeoisie instruite, riche et spirituelle. Les femmes y régnaient toujours , et avec elles tous les charmes d'une conversation dont les lettres, les arts et la galanterie, étaient les sujets habituels. L'empire exclusif des hommes ne s'y était point établi encore : nos institutions libérales et parlementaires n'avaient pas alors transformé nos salons en clubs , et notre nation gaiement expansive , aimante et chevaleresque, en nation sérieusement calculatrice , intéressée et délibérante.
Le plus célèbre de ces étrangers fut alors séduit par l'accueil enthousiaste de cette société aimable. Napoléon , lui-même , causeur aussi puissant que Fox était orateur éloquent , enchanta si bien cet Anglais ,. c|u'à son retour celui-ci fut accusé d'avoir oublié en Fr.ince l'orgueil britannique.
Dans son intérieur le Premier Consul semblait avoir donné le signal de tant de plaisirs ingénieux , et de Texpansion d'une allégresse presque universelle. Deux partis divisaient cet intérieur; mais, maintenus par 1^ fermeté du chef, ils restaient dans l'ombre. C'étaient d'un côté les Beauharnais; de l'autre, la propre famille de Napoléon. Le 27 juillet 1802, le mariage de Louis Bonaparte avec Hortense de Beauharnais semblait a\oir terminé ce différend. Ainsi la paix paraissait avoir pénétré partout à la fois : paix intérieure qui ne fut guère plus durable que les autres paix de cette époque. Mais, dans les premiers moments, celte Union et plusieurs autres mariages dans les jeunes en-
tours de Napoléon , ajoutaient Finfluence de ces diverses lunes.de miel à notre disposition joyeuse. Les charmes et l'esprit, si connus, des sœurs du Premier Consul, les grâces de M"^* Bonaparte et de sa fille, la beauté remarquable des jeunes femmes qui venaient de compléter celte réunion séduisante, enfin, et par-dessus tout , la présence d'un héros , tout alors donnait à cette Cour nouvelle , sans étiquette encore, sans autre gêne que les iradi lions de l'ancienne bonne compagnie, un éclat, un attrait indéfinissables.
Quant aux plaisirs, c'étaient le matin, à Malmaison, des jeux de châteaux , auxquels prenait part Napoléon, et le soir, d'autres jeux et des conversations étîncelantes d'esprit , d'originalité et de profondeur. J'en retrouve, encore aujourd'hui , la trace dans des notes écrites aussitôt après; mais les citer serait trop long; le Mémorial de S ainte- Hélène en donne d'ailleurs une idée fidèle. La Révolution, la Philosophie, l'Orient surtout, étaient les sujets les plus habituels de ces entretiens du Premier Consul. Que de fois , dans ces veillées, les plus jeunes femmes même oublièrent l'heure , croyant voir ce qu'il racontait , et comme enchaînées à ces admirables récits , que colorait vivement une verve inépuisable d'ingénieux rapprochements, d'images neuves, hardies, les plus inattendues et les plus piquantes !
Un soir, entre autres, qu'à Saint-Cloud il nous décrivait le désert , l'Egypte, et la défaite des Mamelouks , me voyant comme suspendu à ses paroles , il s'arrêta ; et prenant, sur la table de jeu qu'il venait de quitter, un jeton d'argent , médaille qui' représeptait