‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 93 sur 257 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

le combat des Pyramides , il me dit : « Vous n'éliez « point encore là, jeune homme? » Hélas! non, lui répondis-je. « Eh bien ! reprit-il , gardez ceci , et ce conservez-en le souvenir! w On peut juger si je fus fidèle à cette recommandation, et si mes enfants, après moi, en retrouveront la preuve.

Telle était son aménité habituelle; et , à ce propos, je me souviens que, dans son salon , lorsque nos éclats de rire, devenant trop vifs, troublaient le travail auquel il se livrait dans le cabinet voisin , il entr'ouvrait la porte, et se plaignait avec bonhomie de ces interruptions, se contentant de nous recommander, doucenient une joie un peu moins bruyante.

Les autres plaisirs de son intérieur étaient des spectacles de société, où ses enfants adoptifs avaient, comme nous, des rôles. Lui-même venait quelquefois encourager nos répétitions que dirigeaient les acteurs célèbres, Michaud, Mole et Fleury. Les représentations se passaient à Malmaison, devant une société choisie. Elles étaient suivies de concerts, où dominait le chant italien , et souvent aussi de petits bals , sans foule, sans confusion, composés de trois à quatre contredanses simultanées , et largement espacées. Il y dansait lui-même gaiement au milieu de nous, en demandant les airs, déjà vieillis, qui lui rappelaient son adolescence. Ainsi se terminaient, vers minuit, ces soirées charmantes.

C'est de là que sont nés ces bruits absurdes de leçons de danse, ou d'attitudes, que le Premier Consul prenait, disait-on, de divers acteurs. Sa participation |)ersonnèlle à ces derniers plaisirs ne durait ,

au contraire, que quelques moments, après lesquek il retournait aux affaires ou à des conversations sérieuses.

Les jeux du matin , ceux de Malmaison , cessèrent les premiers; le peu de mesure qu'y apporta un artiste distingué en hâta la fin. Les autres plaisirs, toujours convenables, continuèrent pendant l'automne de 1802 et l'hiver suivant. Le voyage du Premier Consul à Rouen , sur le champ de bataille d'Ivry, et jusqu'au Havre , qu'il appelait dès lors le port de Paris , les interrompit à peine. Mais depuis, et de plus en plus, la multiplicité des affaires , leur teinte plus sérieuse par l'attitude hostile que reprenait déjà l'Angleterre , rendirent intempestifs ces joyeux délassements. Vinrent ensuite l'élévation graduelle du Premier Consul et l'accroissement de son entourage , ce qui imposa plus d'étiquette, accrut les distances, et diminua les charmes de l'intimité de cet intérieur.

Un autre incident changea en réserve l'abandon de nos amusements. Ici j'anticipe sur i8o3 , pour n'avoir point à revenir sur ces détails. Les apprêts d'une guerre menaçante avaient alors attiré le Premier Consul sur les bords de l'Océan, et en Belgique. Pendant son absence notre jeune société , celle qui formait son intérieur , s'était livrée fort innocemment , mais sans assez de circonspeclion peut-être , aux plaisirs de la capitale. C'étaient des dîners, des parties de campagne et de spectacles ; c'étaient même, il est vrai, plusieurs courses assez étourdies dans les bals et les lieux publics, où d'aussi jeunes femmes , si haut placées, auraient pu être reconnues et compromises. On

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