CHAPITRE
lors eut été une trahison : c'était la leur rendre im- 2>ossible !
A ces soins divers ajoutez une foule de règlements jaouveaux pour la marine ; l'institution du corps des ^iiarins de la Garde, et celle de guides interprèles d'anglais et connaissant bien l'Angleterre. Mais on comprendra mieux par le résumé suivant quel fut alors , jour et nuit , l'immense travail du Premier donsul.
La guerre, la plus vaste guerre qui fut jamais , venait d'être décidée ! Les deux plus grands éléments moraux et physiques de ce monde, l'Aristocratie et la T)émocratie , la Mer et la Terre, allaient se combattre encore. Dans cette lutte gigantesque il n'y avait , pour îNapoléôn, que deux issues : ou dompter tout à coup l'Angleterre par une descente, ou la ruiner opiniâtrement en réunissant contre elle , de force ou de gré , l'Europe entière dans un système continental.
Déjà les apprêts d'une descente étaient commencés. Mais quelle entreprise ! 11 fallait, quant aux moyens d'attaque et de défense, créer à Boulogne et aux environs, sous le même vent, des ports de construction , de rassemblement et de refuge. Il fallait creuser leur lit , élever leurs quais , fonder leurs écluses ; trouver sur place, ou construire, pour tant de travaux, des ateliers et des écuries , des manutentions et des. hôpitaux, des chantiers et des magasins; et, pour les défendre , bâtir des forts jusque dans la mer, couvrir le littoral de camps abrités, de routes militaires, et de batteries bien approvisionnées et armées de pUisieurs milliers de mortiers et de canons de siège, encore à
fondre! Il fallait, pour s'y nourrir, y rassembler, y en — tretenir, pendant environ deux ans, des fourrages pour* trente mille chevaux, le chauffage et des vivres pourdeux cent cinquante mille soldats , ouvriers et matelots!
Quant à Tarmée active, il fallait la compléter dô plus de cinq cent mille hommes : trois cent cinquante mille destinés à contenir l'Espagne, à observer l'Allemagne, à garder la France et l'Italie; et pour l'expédition, sans les matelots, cent cinquante mille autres qu'il s'agissait d'aguerrir, d'exercer aux manœuvres de terre et de mer, à l'embarquement et au débarquement avec leurs douze mille chevaux, leurs quatre cents canons de bataille, et leurs vivres, caissons et munitions.
Il fallait, pour le transport de tout ce personnel et de tout ce matériel de guerre, plus de cinq cents vaisseaux de grande pêche ou de cabotage, qu'on devait acheter, et quinze cents l;>âtiments d'une flottille qu'il fallait construire dans tous les ports français et hollandais de l'Océan et sur toutes nos rivières; après quoi, les gréer, les armer de trois mille gros canons, enfin, en leur faisant doubler des caps, les réunir dans le détroit, sous le feu de l'ennemi, ainsi que cinquante vaisseaux de ligne français, et cinq hollandais, dispersés depuis Toulon jusqu'au Helder; flotte qu'il s'agissait de rallier pour se rendre maître de la Manche et protéger le passage et la descente.
Tout cela fut à la fois conçu et ordonné ; et l'exécution commença immédiatement. Dès la fin de i8o4, nos côtes furent si vigoureusement armées de forts, et